Cet article commente l’altération délétère des équilibres entre le pouvoir de l’état et les contre-pouvoirs en France.

Il passe en revue, vis à vis du pouvoir central, les relations et les rapports de force des pouvoirs constitutionnels, des pouvoirs institutionnels, et des contre-pouvoirs de fait, présents dans la société française.

  • Le Pouvoir exécutif
  • Le Pouvoir législatif
  • L’autorité judiciaire
  • Autres Pouvoirs institutionnels
  • Autorités administratives et publiques indépendantes (AAPI)
  • Le Pouvoir médiatique
  • Le Pouvoir économique et financier
  • Le Pouvoir d’influence des artistes
  • Le Pouvoir syndical
  • Les associations
  • Le Pouvoir des partis d’opposition
  • Les Méta-Pouvoirs de l’UE
  • La Désobéissance Civile
  • Le Boycott à la consommation
  • Le Pouvoir de la rue et la liberté d’expression

Les personnes avisées de la Chose Publique savent que la Démocratie véritable et pure n’a jamais été instaurée où que ce soit sur terre et dans l’histoire, si ce n’est à l’échelle de populations très limitées en nombre.

Il n’est pas le lieu ici d’en faire l’inventaire (ce n’est pas une thèse) mais, toujours, le nombre a induit des problèmes pratiques insurmontables quand il s’est agit de fonder une authentique Démocratie Directe – où tous décident de tout en tout domaine.

Voilà pourquoi de la Grèce antique à nos jours se sont trouvés de nombreux penseurs pour explorer des déclinaisons satisfaisantes pour contourner le problème.

Un simple détour sur la page Wikipédia « Démocratie » donne un aperçu de la quantité de « jus de cerveau » qui fut produite au long des âges pour répondre à cette question qui semble en fait insoluble.

Par dépit, le parti pris par tous ces doctes démocrates fut celui de décrire des compromis acceptables afin de limiter les abus de la nature humaine encline, par accession pyramidale, à la jouissance de pouvoir exclusif et sans limite.

En renfort de ces compromis, différentes versions du « contrat social » (religions, philosophies, Lumières…) ont été élaborées pour encadrer l’instinct animal qui, dit-on, n’avait pas cours du temps où la bête humaine s’est dressée sur 2 pattes il y a quelques millénaires.

A mi-chemin donc des pouvoirs divins, Pharaons, Grands Khan, tyrannies moyenâgeuses et de la mythique Démocratie Directe, les sociétés humaines expérimentent depuis quelques siècles la Démocratie Semi-Directe.

Celle-ci consiste globalement en la désignation de représentants du peuple agrémentée de contre-pouvoirs censés contrôler leur exercice.

Le catalogue des Démocraties Semi-Directes est aussi divers et varié que le sont les Constitutions écrites pour les propulser. Les dosages, ajustements, médiations qui y ont été convoqués sont innombrables, mais, aussi brillantes que furent leur rédaction, les Constitutions les plus respectueuses du Bien Commun sont sans doute celles qui ont su édifier et préserver avec force les contre-pouvoirs qu’elles avaient prévus lors de leur conception.

Car enfin, même si l’on considère que tout (chaque article, chaque paragraphe, chaque mot) est important dans une Constitution, les lois fondamentales et leur esprit ne valent qu’au regard de ce qui les garantit. Et si l’on ne s’en tient qu’aux bonnes intentions, souvenons-nous que l’enfer en est pavé. Ainsi la Constitution est une sorte de méta-contrat dans lequel il est prévu des garanties solides, comme chez le notaire ou à la banque.

Cette introduction se veut, s’il en était nécessaire, être le rappel que les contre-pouvoirs sont la pierre angulaire de toute organisation humaine, le garde-corps contre les barbares, le garde-fou contre les fous, le rempart contre les dictateurs.


Venons-en maintenant à notre chère Démocratie Française… à ce qu’il en reste, plus exactement.

Notre Constitution parle de 3 pouvoirs censés se compenser et se contrôler mutuellement : l’exécutif, le législatif et l’autorité judiciaire. On en explorera d’autres, moins institutionnels mais tout aussi puissants... ou pas.

 

Le Pouvoir exécutif

Il est théoriquement aux mains du gouvernement avec cette particularité française qui accorde par usage un pouvoir spécifique au Président en matière de politique étrangère et de défense. Cette « exception » est appelée « domaine réservé » du chef de l’état.

On a vu que le pouvoir exécutif dévolu au gouvernement lui a progressivement échappé et qu’il est aujourd’hui en totalité aux mains du Président. Nous sommes donc de fait dans une « Démocratie Présidentielle ».

Ce qui n’est absolument pas inscrit dans les dispositions de notre Constitution.

N.B. : Le surgissement d’une nouvelle cohabitation serait de ce point de vue hautement intéressant à observer.

Le pouvoir d’initiative absolu du Chef de l’État en matière de référendum - on ne s’étendra pas sur la question du RIP – est un symptôme qui corrobore le diagnostic précédent.

 

Le Pouvoir législatif

Les 2 chambres (Assemblée Nationale et Sénat) votent les lois (Assemblée Nationale) et les amendent (Assemblée Nationale et Sénat). Les lois sont proposées par le gouvernement (une récente modification de la Constitution permet aux groupes parlementaires de proposer des lois d’une façon drastiquement limitée). Ces 2 chambres ont aussi un pouvoir de contrôle sur l’exécutif. Voilà pour le cadre général.

Mais depuis les années 90, sous Jospin, les élections législatives se déroulent immédiatement à la suite de l’élection présidentielle, ce qui génère immanquablement une Assemblée Nationale au diapason de l’orientation politique du Président fraîchement élu.

Ainsi donc, grâce à cette calamiteuse réforme constitutionnelle, l’Assemblée Nationale, qui a le dernier mot en matière de lois, est devenue une chambre d’enregistrement des menées du gouvernement. Les députés du camp majoritaire sont appelés « députés godillots ».

Reste à citer le 49-3, réputé n’être utilisé qu’à petite dose depuis la réforme constitutionnelle de 2008, s’est vu imposé à répétition (Rocard détenant le record avec 24 recours). Par ce chantage/défi où le gouvernement met dans la balance sa destitution face au vote de la loi souhaitée, le 49.3 est une arme de coercition gouvernementale hautement antidémocratique.

Ainsi le pouvoir législatif, si l’on excepte le petit pouvoir de résistance du Sénat, est aussi aux mains du Chef de l’état.

Ce qui n’est absolument pas inscrit dans les dispositions de notre Constitution.

On peut ajouter qu’à l’occasion d’une réforme constitutionnelle nécessitant la convocation du congrès (Assemblée Nationale et Sénat réunis), les députés de la majorité étant majoritaires (augmentés du fait de la non proportionnalité de la représentation parlementaire), la réforme voulue par le chef de l’État aura d’autant plus de chance d’être acquise.

Ce qui est encore une autre façon de tordre le bras de la Constitution.

 

L’autorité judiciaire

Cette autorité est principalement constituée de deux pôles : les juges du Parquet et les juges du Siège.

Le Parquet (ministère public) est aux mains de l’exécutif via le lien hiérarchique qui le lie au Garde des Sceaux. Son indépendance est régulièrement commentée (même récemment) mais il ne fait aucun doute que les carrières de ses membres dépendent directement du ministre même si celui-ci s’en défend. Prétendre le contraire est pure hypocrisie.

Quant aux juges du Siège, si le courage leur en dit, gardent toute latitude par rapport au pouvoir en place. Pour autant une loi récente portant création de l'inspection générale de la justice (Décembre 2016, sous Manuel Valls), accorde un pouvoir d’audit au gouvernement sur les « dépenses et l'administration» de toutes les juridictions de l'ordre judiciaire dont le siège. Et comme on le sait, qui détient les cordons de la bourse, détient le pouvoir. En l’occurrence, la bourse n’est pas seulement la gestion des dépenses d’administration mais aussi de la masse salariale et donc des avancements et des carrières. Dans ces conditions doit-on continuer à croire en l’indépendance du Siège ?

Art. 2 : L'inspection générale exerce une mission permanente d'inspection, de contrôle, d'étude, de conseil et d'évaluation sur l'ensemble des organismes, des directions, établissements et services du ministère de la justice et des juridictions de l'ordre judiciaire ainsi que sur les personnes morales de droit public soumises à la tutelle du ministère de la justice et sur les personnes morales de droit privé dont l'activité relève des missions du ministère de la justice ou bénéficiant de financements publics auxquels contribuent les programmes du ministère de la justice.
Elle apprécie l'activité, le fonctionnement et la performance des juridictions, établissements, services et organismes soumis à son contrôle ainsi que, dans le cadre d'une mission d'enquête, la manière de servir des personnels. Elle présente toutes recommandations et observations utiles.

Les 2 pôles de l’autorité judiciaire sont donc sous l’influence directe et indirecte de l’exécutif.

Ce qui n’est absolument pas inscrit dans les dispositions de notre Constitution.

Avant de poursuivre à propos d’autres pouvoirs influant de notre société « démocratique », on se souviendra de l’épisode récent qui vit la nomination du Procureur de Paris, dont l’usage voulait qu’il soit désigné au choix du Syndicat de la Magistrature. Les 3 noms proposés au Chef de l’état (cette procédure est déjà démocratiquement contestable) furent rejetés et un édile présidentiel fut choisi hors liste.

Ou cet autre épisode qui vit récemment le limogeage soudain et mystérieux du Président du Pôle Financier (ex TracFin).

Ou encore les tentatives incessantes de supprimer les juges d’instruction.

Ceci n’est absolument pas inscrit dans les dispositions de notre Constitution.

 

Autres Pouvoirs institutionnels

Le Conseil Constitutionnel, le Conseil d’État, la Cour des Comptes et autres CESE/CESER sont des pouvoirs dont l’efficience reste à discuter.

Les 2 premiers sont des instances peuplées d’ex élus et ex ministres rompus à l’exercice d’un pouvoir qu’ils ont exercé en leur temps. Ce cousinage ne garantit en rien l’indépendance recherchée.

La Cour des Comptes est, elle aussi, peuplée de membres de la caste (Enarques et inspecteurs des finances). Bien que ses avis, parfois forts instructifs, ne soient que consultatifs, elle se voit régulièrement prise d’assaut par le pouvoir. Le Président Migaud après avoir été poussé vers la sortie est sur le point d'être remplacé par un homme lige de belle facture en la personne du Commissaire Européen, Pierre Moscovici, dont les faits d'armes en tant que Ministre sous Jospin et sous Hollande ont laissé des gloires impérissables dans l'histoire récente (ironie). Macron a donc réussi à mettre la main sur la Cour des Comptes.

Les membres du CESE (Conseil économique, social et environnemental) – un bidule inventé en 2010 - et des CESER (déclinaisons Régionales) sont nommés – cooptés - par les « autorités compétentes ». Ils émanent « des forces vives de la société » ; siègent ainsi des syndicalistes, des membres de fondations, d’associations « influentes » dans l’environnement ou dans toute sorte de domaines, des représentants d’associations familiales, des « personnalités qualifiées choisies en raison de leur compétence ». Ce côté fourre-tout, a priori sympathique représente en fait un exemple parfait de clientélisme qui permet à ces personnes (300 pour le CESE et qques dizaines pour les CESER) d’être chacune rémunérée de quelques 2000€ pour le CESE et de plus de 1000€ dans les CESER.

On a pu voir dans la presse quelques articles s’interrogeant sur l’efficience de leurs travaux consistant souvent en l’élaboration de dossiers assez scolaires (parfois des copiés collés) qui, de plus, ne sont fournis aux Conseils Régionaux qu’à titre d’avis. Quand on y ajoute les défraiements et budget de fonctionnement, on ne peut que constater que ce clientélisme est hors de prix pour quelques dossiers plus ou moins épais destinés à finir dans un fond de tiroir si ce n’est à la poubelle.

Liste des institutions

Il n’y a rien à attendre de ces instances qui, épisodiquement, se manifestent à travers des « avis », sans possibilité de contrainte, et a fortiori, privées de tout pouvoir.

Là encore on ne pourra parler de Contre-pouvoir.

 

Les autorités administratives indépendantes (AAI) et autorités publiques indépendantes (API)

Dans un souci d’exhaustivité, voici les 26 autorités françaises auxquelles est attaché le noble caractère d’indépendance. Hélas, l’indépendance ne fait pas tout et la question principale reste de savoir si elles disposent d’un pouvoir contraignant. Si leur influence émerge au coup par coup, on ne peut que constater que cette influence ne vaut pas droit et exécution.

On connaît la portée des injonctions de la CNIL, de l’HADOPI ou du Défenseur des Droits (pour ne citer que les plus connus). Quand leurs injonctions vont dans le sens de l’État, elles sont relayées et instrumentalisées à loisir, par contre si, par hasard, une injonction déplaît au pouvoir, elle sera vite mise sous le tapis, souvent relativisée, même décrédibilisée, avec parfois à la clé des « remerciements » en bonne et due forme.

D’autre part, comme pour les CESE ou les Conseils institutionnels, il s’agit de regarder les hommes plutôt que le statut des structures où ils pointent.

"Ces 3 commentaires tirés du rapport de la Cour des Compte de février 2018 les concernant les AAPI suffiront à vous faire un avis sur les intérêts qui sont en jeu par-delà leur missions spécifiques :

- Des rémunérations attractives et peu encadrées

- Une large autonomie en matière de recrutement

- Outre des ressources budgétaires d’une ampleur éminemment variable, ces autorités sont, de manière générale, soustraites, selon leur vocation et/ou la personnalité de leurs dirigeants, aux habituelles procédures d’arbitrage applicables aux administrations de l’État. La loi est d’ailleurs venue renforcer récemment une autonomie de gestion déjà large. Elles sont ainsi exemptées du contrôle budgétaire de droit commun.

Le corollaire de cette liberté devrait être un autocontrôle exigeant ; celui-ci n’est pourtant pas toujours observé."

Les 7 autorités publiques indépendantes :

  • Agence française de lutte contre le dopage (AFLD)
  • Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (ARAFER)
  • Autorité des marchés financiers (AMF)
  • Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA)
  • Haute autorité de santé (HAS)
  • Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (HADOPI)
  • Médiateur national de l’énergie

Les 19 autorités administratives indépendantes :

  • Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires (ACNUSA)
  • Autorité de la concurrence
  • Autorité de régulation de la distribution de la presse (ARDP)
  • Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP)
  • Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL)
  • Autorité de sûreté nucléaire (ASN)
  • Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN)
  • Commission d’accès aux documents administratifs (CADA)
  • Commission de régulation de l’énergie (CRE)
  • Commission du secret de la défense nationale (CSDN)
  • Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR)
  • Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL)
  • Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CCFP)
  • Commission nationale du débat public (CNDP)
  • Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL)
  • Défenseur des droits
  • Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP)
  • Haut conseil du commissariat aux comptes (H3C)
  • Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES)

 

Le Pouvoir médiatique

Ce pouvoir n’est pas pris en compte dans notre Constitution. Cependant, il est patent.

Pourtant, au vu du nombre d’articles de lois qui y font référence, les autorités sont largement conscientes de sa puissance.

Il est très présent dans les lois afférentes aux élections (loi électorale) et à la liberté d’expression.

D’une façon générale, on se rend vite à l’évidence que la lecture des lois de toute sorte, n’est qu’une itération interminable d’interdictions et que les mots « autorisé » ou « permis » jurent avec le reste lorsque soudainement ils apparaissent dans un texte de loi.

Ainsi, il est surprenant que tant de citoyens vouent une quasi adoration à ce bréviaire monumental de contraintes et de restrictions.

Les articles concernant la presse et les médias en général ne font pas exception.

Cela dit, la réalité est bien différente et on constate désormais tous les jours que le pouvoir en place sait très bien s’accommoder des cadres imposés.

Pour cela, il est de notoriété publique qu’il est aidé par les empires médiatiques de moins de 10 milliardaires qui font la pluie et le beau temps dans nos journaux, sur nos écrans et à la radio puisqu’ils possèdent 90 % des médias français.

La campagne présidentielle éclair de Macron et la couverture du Grand débat de l’hiver 2019 (pour ne citer que ces 2 exemples) en sont une preuve incontestable.

On se souvient de cette loi anti-concentration de la presse écrite qui menaçait régulièrement Mr Hersant dans les années 70/80. Qu’est-elle devenue ?

Ainsi, le pouvoir médiatique est aux mains de l’exécutif et cette entorse à l’esprit de la Constitution n’a pas l’air de le déranger outre mesure.

 

Le Pouvoir économique et financier

Sans nul doute le plus important mais dont les multiples menées restent obstinément hors de portée du visible ou du tangible.

Les argentiers de toute espèce s’exercent depuis maintenant des siècles à repousser tout obstacle à leurs activités. Beaucoup s’accordent à relever que l’acte originel qui amorça leur expansion actuelle fut de légitimer l’intérêt qui, en des temps lointains, était nommé « usure » et considéré comme péché.

Et à l’autre bout de l’histoire, leur grande victoire – leur triomphe absolu - fut d’obtenir auprès de nos gouvernants scélérats l’interdiction faite aux banques centrales de battre monnaie en obligeant celles-ci à leur emprunter un argent qu'ils créent ex-nihilo. Procédure balisée par tout acte de prêt contracté auprès de l’État ou auprès des acteurs privés (entreprises et particuliers). Ce triomphe marque l’avènement de l’Argent-Dette et par conséquent la perte totale pour les Etats de la souveraineté monétaire.

Mais la maîtrise absolue de l’argent ne semble pas satisfaire cette caste de psychopathes puisque ces Super-Banquiers n’ont de cesse de repousser toujours plus avant leur main mise sur le monde.

Les illustrations des perversions issues de ce système monétaire sont infinies et largement documentées (même si leur dénonciation ne se réfère pas toujours à la mise en cause des règles de création monétaire, cette racine systémique). L’épuisement des ressources de la planète, l’exacerbation de la mise en concurrence des hommes et des peuples, l’altération des valeurs humaines au profit des valeurs d’argent, la primauté de l’individualisme au détriment des solidarités….

Parmi ces aberrations si nombreuses, on peut relever, par exemple, les pénuries artificielles sur les denrées alimentaires provoquant des famines, la raréfaction artificielle des médicaments causant des détresses mortifères chez les patients, la volonté de brevetage du vivant déshéritant les cueilleurs producteurs de semences ancestrales, l'assèchement économique des cultures vivrières, la priorité donnée aux exploitations polluantes au détriment de l’environnement.

Un de leur dernier fait d’armes : la mise en cause et la criminalisation des lanceurs d’alerte relégués au statut de vulgaires délinquants.

Leur capacité incessante de tordre les ordres moraux, le simple bon sens ou le plus élémentaire sens de la justice ne remporterait pas autant de succès si les dirigeants n’y prêtaient pas main forte.

La consanguinité en perpétuelle augmentation entre les milieux de la Finance, les milieux d’affaires et les politiques (qui n’est plus a démontrer) offre la meilleure garantie pour « rémunérer » leur complicité. De fait, les conflits d’intérêt, les pantouflages et les contrats de connivences sont de nos jours légions.

Macron ne se cache même plus d’être, sinon de leur caste, leur homme lige, zélé et appliqué. Si bien qu’on entend plus parler du MEDEF puisqu’un des leurs est aux manettes.

L’argent était de tout temps du côté du pouvoir, l’argent se cachait dans les coulisses, mais aujourd’hui, de façon assumée, au vu et au su de tous, il est au pouvoir.

 

Le Pouvoir d’influence des artistes

Dans le sillage du pouvoir médiatique, on a vu régulièrement (aux US en particulier) des artistes prendre part aux débats de société et mettre leur notoriété au service d’une cause et, d’une certaine façon, de la Démocratie – puisqu’en général, il s’agit de prendre fait et cause pour défendre une minorité -.

De tels actes restent possibles dans un espace médiatique libre ou au moins multipolaire d’un point de vue politique. Mais ceux-là qui voudraient émettre une voix dissidente, dépendent justement des médias pour leur promotion artistique. Qui voudra présenter son livre, promotionner son film ou son disque s’exposera immédiatement à une censure souterraine et pernicieuse.

En l’état de concentration des médias et de leur connivence avérée avec le pouvoir, il est extrêmement risqué pour un artiste de faire acte de résistance ou de rébellion.

Ainsi le pouvoir d’influence des artistes est à la main du pouvoir.

La nomination récente de Dominique Boutonnat à la présidence du Centre national du cinéma (CNC) est aussi une autre prise de pouvoir sur le milieu artistique puisque ce Mr détient la clé des commissions de subventions sur les films. Ainsi tout scénario « non conforme » pourra être invalidé par cet ami de Macron.

Un autre phénomène limite l’expression dissidente des artistes : L’engouement des super milliardaires pour l’art et les investissements qu’ils effectuent à travers la création de fondations dédiées aux arts plastiques et contemporains. Il ne viendrait pas à l’idée d’un Bernard Arnault de promotionner un artiste libertaire anticapitaliste notoire.

 

Le Pouvoir syndical

Le recul constant du nombre de leurs adhérents, le cumul de leurs échecs, la ringardisation méthodique de leur lutte, la décrédibilisation de leurs actions, leurs erreurs stratégiques et tactiques éloignent durablement le levier de résistance que les syndicats pourraient/pouvaient représenter.

Il serait vain de rembobiner l’histoire pour savoir à quel moment cela a dérapé, mais aujourd’hui nous assistons à un pathétique jeu de rôle où les syndicats gesticulent sans aucune perspective.

Quand ils agissent, c’est pour une manif' d'une journée (ils appellent ça une journée d'action), parfois une action symbolique, un rassemblement... Quand il s'agit de grève illimitée, elle ne concernera qu'un secteur, une branche, une profession - tout en prenant soin que ces "opérations" ne bloquent que très relativement la vie économique du pays -. Ils pratiquent aussi les grèves perlées. Jamais ou rarement en Intersyndicale, et se gardent bien de prononcer le mot tabou (qu'on doit leur interdire ?) : grève générale.

Si on ajoute que les syndicats sont sous perfusion budgétaire de l'état et de l’Europe, on comprend que le jeu de rôle est installé durablement et qu’il consiste à ce que les syndicats fassent semblant.

Là encore sur ces décombres, le pouvoir à la main sur l’action syndicale.

 

Les associations

Largement subventionnées, elles sont à la même enseigne que les syndicats, les artistes, dépendantes du bon vouloir des autorités (baronnies locales ou nationales)

Tout ce qui dépasse un peu trop, tout ce qui dérange est à portée de la censure du pouvoir.

Une réflexion cynique et désespérante peut pousser le propos à charge de la duplicité des pouvoirs publics : les associations qui perdurent malgré leur dissidence affichée peuvent représenter la caution démocratique dont l’état a besoin pour justifier de sa magnanime tolérance. Tout cela dans les limites d’une influence acceptable, bien sûr.

 

Le Pouvoir des partis d’opposition

Ce chapitre aurait dû, au vu de la Constitution, se situer bien plus haut dans cet article.

Las, la description de l’état des contre-pouvoirs en France relègue les partis d’opposition en fin de cortège.

En effet, nous avons tous constaté, citoyens de tout bord, que les partis sont des coquilles vides dans lesquels s’épanouit la même caste d’affidés à la même idéologie néolibérale.

A quelques minces nuances près, les « partis de gouvernement » ont consacré les mêmes credos pro européens, pro libéraux, pro mondialisation à la botte des banquiers et des mêmes puissants « capitaines d’industrie ». Il faut être aveugle pour ne pas en avoir pris conscience et pour affirmer que le bien commun ait pu conduire leur ligne directrice.

« Partis de gouvernement ». Cette expression se veut être infantilisante pour ceux qui n’en sont pas. Pour autant, elle circonscrit très bien le Club auquel nous avons a faire.

Un mot tout de même sur le Pouvoir d’opposition (puisque tous les partis ne sont pas à mettre dans le même sac) :

  • La non proportionnelle,
  • la limitation de présentation de lois,
  • la procédure de 49-3
  • la dépendance budgétaire par financement encadré de l'état,
  • Les latitudes du pouvoir en matière de pression judiciaire (perquisitions, contrôles fiscaux, ...)

sont autant d’obstacles à l’efficience des actions qui pourraient être menées.

S’ajoutent quasi mécaniquement la mise en œuvre, ou la menace de mise en œuvre, contre l’opposition des moyens de pression passer en revue précédemment : campagne de lynchage médiatique, décrédibilisation ou diabolisation organisées dans les médias, possible instrumentalisation de la justice, pression fiscale… Même au sein du Club des « partis de gouvernement », ces menaces (fondées ou pas) sont désormais pratiquées régulièrement.

L’opposition est donc privée de toute l’influence qu’elle pouvait avoir par le passé ce qui réduit encore une fois un possible contre-pouvoir.

 

Les Méta-Pouvoirs de l’UE

Comment vous dire… ?

3 structures :

  • La Commission européenne : non élus
  • Le Conseil de l'Europe : Chefs d'Etats élus
  • Le Conseil des ministres européens : représentants de gouvernements élus
  • Le Parlement européen : élus

Dans ce Machin, où se situe le pouvoir ? De toute évidence, et sur la fois de tous les commentateurs, le pouvoir de l’UE siège à la Commission. Justement dans la strate non élue. Elle a le pouvoir exclusif de proposer les lois. C’est d’ailleurs à Bruxelles que s’agglomèrent les lobbyistes de tout poil.

Le Conseil des ministres reçoit les directives (GOPE) décidées par les technocrates de Bruxelles, impulsées par les lobbyistes et surtout par l’idéologie fanatiquement ultralibérale dans laquelle baignent les cerveaux des commissionnaires.

Les députés européens votent en général ce qu’on leur soumet. Les faits de résistance sont rares à Strasbourg.

Voilà pour le fonctionnement du Machin. Mais ce qui nous intéresse ici est de reconnaître un contre-pouvoir et de l’évaluer.

Alors effectivement, l’UE est le plus grand contre-pouvoir auquel les gouvernements européens peuvent avoir affaire. Mais ils ne peuvent le regretter puisque ce sont eux qui se sont placés sous son emprise. Eux, les États et non pas les citoyens puisque, pour mémoire et pour ce qui concerne les français, nous avons refusé cette mise sous tutelle lors du référendum de 2005.

Ainsi donc surgit, dans ce paysage dépourvu d’aspérité, un véritable contre-pouvoir digne de ce nom ! Alléluia !

Mais ce contre-pouvoir n’est pas constitutif de notre Constitution et encore moins de notre Nation. Un contre-pouvoir, en tant que tel, ne peut être exogène puisque ses intérêts ne recoupent en rien les intérêts de notre communauté citoyenne. Et recoupent bien souvent les intérêts des politiques, et par là, des industriels et des financiers lobbyistes qui leur rendent visite.

Considérer l’UE comme un recours contre l’État français est un non sens, sauf, à l’occasion, de se rendre coupable des mêmes duplicités dont les puissants de l’État et de l’UE pratiquent à l’égard des peuples.

Duplicité puisqu’on persiste à nous faire croire en une souveraineté et une démocratie vivaces.

Enfin un contre-pouvoir idéal aurait comme objectif d’amender, de corriger les abus du pouvoir exécutif. Force est de constater que l’UE n’a que faire des menées antidémocratiques de l’État français.

L’UE n’est pas un contre-pouvoir. Elle est une marâtre qui a hérité d’enfants abandonnés par leurs parents et dont le bien-être ne lui soucie guère sauf à les empêcher de préserver son confort égoïste.

 

La Désobéissance Civile

La désobéissance civile est un procédé de résistance qui demande cohésion, nombre et détermination des "désobéissants".

L'inertie est son moteur. Son principe est de se situer à la frontière de la légalité pour mieux dénoncer l'ineptie, l'immoralité ou l'abus dont les désobéissants s'estiment victimes. Ainsi, quand le défi lancé fait mouche, elle peut pousser le pouvoir à réviser sa position mais le plus souvent il choisit de surenchérir en incluant dans le domaine délictuel le mode de désobéissance mis en oeuvre. Le pouvoir n'hésite plus à "criminaliser" le port d'un gilet jaune, légalise les arrestations préventives, sanctionne lourdement un simple décrochage de portrait présidentiel...

Les actions de désobéissance civile qui ne mettent pas les contestataires dans une situation illégale sont le nec plus ultra. L'exercice demande de la ruse et reste une bonne option pour mener un combat. Mais le pouvoir trouve souvent rapidement la parade à l'articulation de la ruse mise à profit et fait voter une loi pour combler la lacune exploitée.

Mais on ne peut compter "désobéissance civile" comme un véritable contre-pouvoir bien qu'elle reste une voie à intégrer dans le champ contestataire.

 

Le Boycott à la consommation

Dans la lignée de la désobéissance civile, le Boycott est un outil efficace toujours à condition que le nombre soit au rendez-vous.

Acceptons d'intégrer le boycott dans la cour des contre-pouvoirs, tant son efficacité intrinsèque est patente, mais il ne s'agit évidemment pas d'un contre-pouvoir attelé à la Constitution.

 

Le Pouvoir de la rue et la liberté d’expression

En explorant les textes de lois, on se rend compte que peu d’articles parlent de liberté d’expression. Ils consistent en quelques lignes amendées par un cortège de restrictions, cadrages, interdictions en tout genre. Bien qu’inscrite en lettres d’or dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, elle ne perdure qu’au bon vouloir de l’exécutif qui régulièrement la bat en brèche.

Les arguments prétextes sécuritaire et d’ordre public président désormais à l’étouffement de tout mouvement dissident. L’état d’urgence a bon dos.

La pensée unique permet d’assimiler toute contestation à une insurrection. Les glissements du langage médiatique modifient sournoisement le sens des mots et tord toute revendication contraire à la doctrine gouvernementale.

Europe, aspirations libertaires, justice sociale, répartition des richesses, immigration, les services publics ; autant de débats désormais interdits ou réduits à des simulacres non contradictoires et sans débouchés.

Et quand ces débats ont lieu (environnement par exemple), le « en même temps » présidentiel s’en affranchit insolemment.

On sait désormais que le pouvoir de la rue est réduit systématiquement à coup de matraques, de lacrymogènes, de LBD, de mutilations, d’arrestations arbitraires relayées par une justice aux ordres (peines de prison ferme pour un tag, sursis -Damoclès- de plusieurs années, ou amendes de 50 000€ pour un portrait décroché dans une mairie).

Au-delà de ces infractions d’État confinant au lèse-majesté (l’affaire est entendue), on peut finir par un fait anecdotique qui en dit long sur « l’ouverture d’esprit magnanime » de nos dirigeants.

Vous êtes vous rendus compte du peu de surfaces disponibles et légales mises à disposition pour l’affichage public dans nos villes ?

En fait, en quoi consiste la liberté d’expression ?

Beaucoup se gargarisent de la liberté de la presse, du droit d’éditer, du droit de « blogger ». Mais à quel moment, par quel vecteur avons-nous le moyen de nous exprimer, au quotidien, sans support technique au vu et au su des autres concitoyens ?

En Chine, il y eu les dazibaos (journaux placardés sur les murs). Interdits. En Angleterre, il y a les harangueurs dans les parcs. Encore autorisé ?

Mais en France, qu’y a-t-il dans l’espace public pour s’exprimer ? Tout y est interdit. Pas de stand de rue sans déclaration préalable, pas de rassemblement, pas de micro sonorisé, pas de défilé, pas (quasiment pas) d’affichage… Même le tractage commence à poser problème.

Le pouvoir de la rue est aussi contraint et réprimé par l’État, ce qui n’est absolument pas inscrit dans les dispositions de notre Constitution.

En conclusion, sommes-nous en démocratie ? L’a-t-on jamais été ? Il faut être éditorialiste chez BFMTV pour le croire... ou le dire sans le croire. Ce qui est pire.

Bienvenue dans la dictature macronnienne.

 

Mr Castaner,

Nous avons appris par voie de presse que vous aviez procédé, le 16 juin dernier, à la décoration de 9162 membres des forces de l’ordre (« promotion exceptionnelle médaille de la sécurité intérieure « gilets jaunes ») au nombre desquels figurent 6 policiers actuellement impliqués dans des enquêtes concernant des violences policières.

Certains ont bénéficié de cette distinction avant leurs faits d’armes controversés.

Comme le commissaire divisionnaire Grégoire Chassaing qui, à Nantes le 21 juin, (5 jours après sa promotion) lors de la fête de la musique, a ordonné de gazer des jeunes fêtards rassemblés près d’une berge de la Loire. Intervention qui a provoqué la chute de 14 personnes paniquées dans le fleuve parmi lesquels Steve, porté disparu depuis ce jour.

Et le commandant divisionnaire Yves-François Botella qui a donné l’ordre de gazer les militants écologistes pacifiques sur le Pont de Sully, le 28 juin à Paris, soit 7 jours après sa promotion.

Nous concevrons donc, pour le cas de ces 2 policiers, que vous ne pouviez pas savoir et que ces médailles auront eu pour funeste effet de les encourager à commettre les actes violents pour lesquelles ils sont mis aujourd’hui en cause. Les médailles ne sont-elles pas faites justement pour motiver les troupes ?

Par contre, bien avant d’être promus, 4 autres de ces médaillés s’étaient déjà distingués par leur ardeur à réprimer et étaient déjà mis en cause dans des enquêtes dont l’objet porte sur leur violence policière.

1er décembre 2018 : Le capitaine Bruno Félix faisait partie des policiers auditionnés dans le cadre de l’enquête sur le décès de Zineb Redouane. Ce CRS commandait ce jour-là les auteurs des tirs.

1er décembre 2018 : Le commandant divisionnaire Dominique Caffin faisait partie des CRS qui ont matraqué plusieurs manifestants dans un Burger King, à Paris, dont nous avons tous vus les images.

Et enfin 2 représentants des forces de l’ordre bien connus à Nice :

23 mars 2019 : Le commissaire Rabah Souchi, qui était à la tête de la charge de police ayant causé de graves blessures sur la militante pacifiste Geneviève Legay, 73 ans ; charge jugée par un capitaine de gendarmerie sommé d’y participer comme « disproportionnée ».

Et la compagne dudit Souchi, Hélène Pedoya, présente le jour des opérations et chargée elle-même de l’enquête sur les violences policières commises par son conjoint.


Bien sûr nous savons que les violences policières dans notre pays n’existent pas, qu’à votre connaissance aucun policier n’a jamais attaqué un manifestant.

Bien sûr nous savons que toute personne en jaune, portant du jaune ou semblant supporter des passants portant du jaune, ou pas, bien que complices, jouissent du droit absolu, parce que constitutionnel, de circuler et de manifester en toute quiétude.

Bien sûr nous savons que toute expression contraire à votre vérité est autorisée, que nous sommes dans un pays démocratique bercé par la diversité des opinions, et que la liberté coule dans les veines de chaque français autant que dans les vôtres.

Bien sûr nous savons qu’il n’existe pas d’opposants politiques réprimés comme tels dans notre pays.

Bien sûr nous savons que la justice est la même pour tous, les jaunes, les pauvres, les riches et les élus du peuple.

Bien sûr nous savons qu’aucune surveillance outrancière ne scrute nos allers et venues et n’analyse nos opinions.

Bien sûr nous savons que les forces de l’ordre que vous commandez sont avant tout des gardiens de la paix extrêmement respectueux de l’intégrité physique des citoyens quels qu’ils soient et que leur discernement est à la hauteur des instructions que vous leur donnez.

Bien sûr nous savons que les dizaines de milliers de projectiles, de munitions en tout genre et les milliers de litre de gaz répandus dans les rues de toutes les villes de France ne sont que pures manifestations de fraternité et d’amitié de la part de vos troupes quelque peu extraverties.

Bien sûr nous savons que toutes les personnes mutilées, éborgnées, matraquées n’existent pas, ou qu’au plus, ont fait preuve d’imprudence, d’inconscience et, pourquoi pas, de malchance alors que les policiers bonhommes ne ciblaient que des terroristes, sortis d’on ne sait où, du jour au lendemain, telle une génération aussi spontanée que mystérieuse.

Bien sûr nous savons que la population française est heureuse, hédoniste, jouissant de tout le confort qu’un peuple pourri-gâté peut espérer.

Bien sûr nous savons que les débordements de ces derniers mois sont le fait de méchantes personnes dont la volonté est de mettre à bas votre pouvoir et votre « démocratie » tant aimée et si aimable.

Bien sûr nous savons que vous, vos amis du gouvernement jusqu’à votre Prince, êtes des gens d’une sagesse inégalable, dont le rayonnement pourrait/devrait être envié par tout peuple pour lui-même et qu’en fait, nous avons de la chance de vous avoir.


Alors forts de toutes ces libertés amoncelées, de tous ces bonheurs partagés et de cette félicité indépassable, nous concevons que vous vous sentiez le droit de faire comme bon vous semble et même de faire n’importe quoi.

Comme de gazer des écolos pacifiques après que votre Gourou ait déclaré la semaine précédente, aux côtés d’Elton John, qu’il avait besoin, comme le font les jeunesses de France et d’Europe pour le climat, qu’on lui rende la vie impossible.

Comme de recevoir, un matin à l’Assemblée Nationale, l’icône écolo Greta Thunberg, et de voter l’après-midi même l’accord commercial écologiquement mortifère du CETA

Ou comme de supporter les aveux de mensonge du procureur de Nice et les pardonner au regard de la bonne excuse qu’ils étaient justifiés par la protection de l’Être Suprême, Président de la République, pour le confort duquel on doit sacrifier son intégrité et son honneur.

Pour vous, vos amis du gouvernement et de l’assemblée, ainsi que pour votre Autistissime Roitelet, les occasions de faire n’importe quoi ne manquent pas. Il serait trop long de les lister.


Alors maintenant, comment exprimer notre indignation face à ce désert moral où l’intelligence, le discernement, l’honneur, la justice et la justesse, la sagesse et toute autre sorte de vertu ont disparu.

Alors comment exprimer notre désarroi devant ce maelström inextricable où s’enchevêtrent duplicité, mauvaise foi, abus de pouvoir, iniquité, mensonge, indifférence et férocité.

Au point d’incurie démocratique, d’inanité morale, d’irresponsabilité politique où nous en sommes, il n’y a plus rien à attendre de vous, retranché derrière votre pouvoir que vous croyez absolu, cultivant autisme et surdité. Vous êtes, comme tous ceux de votre clan, le trou noir où a disparu définitivement toute idée de dialogue.

Alors, il ne nous reste plus qu’à proclamer seuls, debout sur les ruines du Pays des lumières, ce que nous voyons, ce que nous comprenons de vos actes malveillants.

Voilà donc la réalité crue.

Avec vos médailles en chocolat, vous décorez des brutes épaisses (celles choisies par vos agents zélés) pour perpétuer leurs instincts prédateurs ;

Avec vos médailles en chocolat, vous armez la répression et encouragez les pulsions agressives.

Ce faisant, vous jetez en pâture des milliers de citoyens tranquilles et pacifiques à ces nervis assoiffés de violence gratuite et autorisée.

Ce 16 juin, le blanc seing que vous avez accroché à leur poitrail impatient leur donne permis de frapper, de mutiler et enfin de tuer sous le couvert dévoyé de « violence légitime ».

Pire, votre morgue irrespectueuse laisse supposer qu’aucune pensée particulière pour Geneviève Legay, Zineb Redouane, Steve, leur famille et pour les innombrables personnes marquées à vie dans leur chair, ne sera venue à ce qui vous reste d’esprit.

Compassion, ce sentiment qui fit qu’un jour de préhistoire, un singe devint homme, semble avoir définitivement désertée votre cortex.

 

Votre stratégie : en mutiler un, pour en terroriser mille.
Voilà ce que le fiel qui coule dans vos organes vous inspire.

Peut vous chaut de gouverner, votre credo est d’écraser le peuple, un peuple que vous avez pourtant pour devoir d’écouter et de protéger.

Mais nous savons aussi que de cela, de cette grande et belle charge, vous n’en avez jamais eu la moindre conscience, la moindre notion. Seuls vous guident votre intérêt de caste, de clan et, plus probablement, votre intérêt bassement et pauvrement personnel.

 

Mr Castaner, vous n’êtes pas ministre.
Vous ne méritez même pas d’être citoyen puisque, du peuple, vous avez fait sécession.

Quoi qu’il en soit, puisque malgré tout vous détenez le pouvoir, et que vous restez un interlocuteur obligatoire, entendez qu’en tant que citoyen, émanation authentique du peuple auquel vous devez le respect, je réclame le retrait de ces médailles attribuées aux personnes précitées jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur les enquêtes en cours.

Salutation : néant.

Jean-Charles Aknin, gilet jaune des Alpes Maritimes

Soyons clair.

Aucune solution médiane avec le pouvoir en place et son système n’apportera de réponses aux revendications de justice sociale, fiscale et environnementale des Gilets Jaunes. Les revendications autour d’un meilleur contrôle citoyen sont encore moins susceptibles d’être entendues.

Le peuple a revendiqué ; Le pouvoir a ignoré.

Par rigueur intellectuelle, avant de poursuivre, posons la question : Sommes-nous, Gilets Jaunes, le peuple en son entier ? Sommes-nous légitimes ?

  • Le soutien majoritaire affiché par le pays, de l'aveu même des organismes de sondage détenus par le pouvoir, 
  • Le désarroi social d'une part désormais trop grande de la population qui fait nécessité absolue,
  • L'incontestable incurie du système financier mondialisé qui affame, précarise les Hommes et détruit la planète,
  • La multiplication et la constance des mouvements citoyens de même nature : les Indignés, Nuit Debout, Occupy Wall Street, les collectifs écologistes, ...
  • L'évidence selon laquelle les fictions dystopiques tels 1984, Le Meilleur des Mondes, les scénarii à la Black Mirror, etc... sont en train de se réaliser
  • La prise de conscience du recul constant de nos libertés fondamentales : altération et fin du droit de manifester, unicité de la presse, noyautage des réseaux sociaux, surveillance du Net, reconnaissance faciale, fichage informatique et croisement des données, Big Data, disparition de l'argent liquide, obligation de compte en banque, pistage par les portables, scan en masse des plaques d'immatriculation, bientôt puçage par RFID...

constituent une réponse positive à cette question.

Ainsi donc, le peuple a revendiqué ; Le pouvoir a ignoré.

En conséquence, face à ces impasses, le mouvement des Gilets Jaunes a évolué.

Si beaucoup d'entre nous l'envisageaient dès le départ, ceux qui s'étaient mobilisés avec l'espoir d'obtenir une réponse à leur revendications doivent maintenant se rendre à l'évidence. L'objectif du mouvement passe par une révolution politique.


Mais il n’y a pas de méthode pour refaire le monde. Personne ne l’enseigne à l’école. Les recettes, si elles existent, ne sont pas au programme.
Les manuels d’insurrection ne courent pas non plus les rues, tout autant que les extrémistes intellos ou commandos qui pourraient montrer la voie.

Pour faire la révolution, il faut s’en remettre aux exemples du passé… qui généralement relèvent d’un contexte bien différent de l’époque que l’on veut faire basculer.

Alors on fait avec les moyens du bord, avec ses tripes et sa jugeote, avec « sa bite et son couteau » et, très souvent, à moins d’être le sage à barbe blanche rompu - on ne sait comment - aux entourloupes du pouvoir, on se retrouve, tous autant que nous sommes, le nez dans le guidon bien plus souvent qu’à notre tour.

 

Game Of Jaunes

Pour commencer - ce qui suit peut paraître évident mais il est mieux de le dire - il y a globalement 3 façons de « renverser la table » :

  • - La force, la rue, l’insurrection (révolte)
  • - Agir en marge du système que l’on veut combattre, et créer à côté de lui un système alternatif (contre-culture)
  • - Entrer dans le système, participer de sa hiérarchie et prendre le pouvoir (infiltration)

On peut penser au putsch militaire et au retournement de la caste médiatique mais restons sur les options qui dépendent uniquement des GJ.

Voilà donc les 3 axes possibles pour poursuivre le mouvement.

Mais si l’on n’accepte pas d’intégrer à égale estime ces 3 axes dans nos perspectives, il se produira un écrémage parmi les Gilets Jaunes et sympathisants.

On se souvient tous des scènes où, après avoir scandé « tous ensemble », « rejoignez-nous », « solidarité », « fraternité »… des gilets jaunes s’en prenaient à des syndicalistes, des verts pour le climat, des politisés en les chassant des cortèges. Au lieu d’accueillir, de côtoyer, de fraterniser, beaucoup ont choisi d’exclure comme si les sigles CGT, LFI ou RN étaient contagieux.

L’identité GJ est suffisamment forte pour ne plus craindre une quelconque récupération. L’intransigeance ne doit pas être Sectarisme et la Pureté (jaune) ne doit pas justifier l’Exclusion.

Sur la base des mêmes instincts, après avoir rejeté la convergence des luttes, il est à craindre d’autres « excommunications », mais cette fois-ci endogènes : certains se diront « combattants », d’autres « pacifistes » ou encore « entristes » et se défieront mutuellement.

- Certains ne verront de solution qu’à travers l’option insurrectionnelle, et rejetteront catégoriquement tout autre compromis.

- D’autres réagiront en privilégiant le pacifisme et la non violence rejetant avec autant de vigueur les « va-t-en guerre » ou les traîtres politicards roulant pour leur pomme.

- Enfin les « entristes » considéreront que jouer le jeu politique est la seule solution pour parvenir à l’avènement de la révolution jaune, impossible à réaliser par la violence, ou trop hypothétique et utopique via les lents développements de la contre culture.

Chacun croisera - et croise déjà - le fer avec les tenants des options qui ne sont pas les leurs, à force d’intransigeance, de recherche de pureté jaune ou de certitudes pragmatiques.

Ces guerres de clocher nous affaiblissent, puériles et sans aucune mesure avec l'enjeu. Admettons que chacune de ces méthodes est respectable. D’aucuns diront qu’elles sont complémentaires.

 

Gilets is coming

Au stade de notre mouvement GJ, et au vu de la répression, la première méthode, si elle a représenté une perspective viable de Novembre 2018 à Février/Mars 2019, n’est hélas plus une option accessible. … Une surprise est toujours à espérer et un regain toujours possible.

En attendant que partie soit remise, le modèle de contre culture (qui se décline actuellement, entre autre, sous l’acception d’Economie Sociale et Solidaire - ESS) est séduisant et, quand on en parle, trouve le plus souvent grâce aux yeux des GJ. Pour autant, son rayonnement, bien qu’en perpétuel essor, est loin de pouvoir intégrer la majorité de la population. Il sous entend retour à la terre, modification profonde des modes de vie, remise en cause totale du modèle citadin majoritaire.

A l’appui de cette inclinaison, certains théoriciens de l’acte révolutionnaire déclarent qu’« il est impossible de se dire révolutionnaire sans être révolutionnaire, c'est-à-dire sans changer de vie. » (Jacques Ellul). A méditer donc à l’aune de sa propre énergie, de son radicalisme et de son désarroi social.

Parlons enfin de l’option « infiltration ».

Puisqu’il faut de tout pour « refaire un monde », il nous faudra sans doute des infiltrés.

Les municipales sont pour l’an prochain et beaucoup pensent s’engager dans cette voie.

Il s’agit donc là d’envisager une action dans le champ politique (voir « mouvement municipaliste » et l’expérience de la Commune de Saillans).

Il y a fort à parier que les abstentionnistes - non pas ceux qui s’abstiennent par dépit mais ceux qui se sont retirés volontairement du jeu électoral en prônant le boycott - n’adhéreront pas à ce chapitre.

Mais, comme indiqué plus haut, les méthodes sont toutes respectables et, dans une certaine mesure, complémentaires.

 

La tête du Canard

L’objet de cet exposé susciterait des commentaires à n’en plus finir (pour preuves les milliers de polémiques présentes dans nos forums). L’aparté ci-dessus sur les tenants du boycott en est un exemple.

Un autre aparté peut concerner la propension que nous avons de couper toute tête dès lors qu’elle dépasse un peu trop. Cette allergie à tout leader a fait notre force (en particulier lors des premiers actes) mais elle devient un frein quand il s’agit de s’organiser.

Quel que soit notre parcours ou nos choix quant au mode d’action à mener, nous avons tous vu comment les choses se passaient.

Que ce soit pour une action terrain, un choix de stratégie, ou la rédaction d’un document, même si le choix définitif est répercuté à travers un processus démocratique, le débat préalable donne lieu à des échanges d’idées, des controverses portés par des individualités, pas par un invisible esprit collectif mais par des gens les uns à côté des autres. Et de fait le processus démocratique valide la thèse d’une ou plusieurs de ces individualités… et lorsqu’une de ces individualités hérite régulièrement de ce genre de validation, elle devient quelqu’un qu’on écoute.

C’est naturel et ce n’est pas grave ! Dès lors que l’assentiment envers cette personne n’est pas acquis systématiquement et que le processus démocratique persiste.

Pour dire la chose simplement :

« Si quelqu'un a régulièrement de bonnes idées, qu'elles sont régulièrement adoptées par une majorité, il n’est pas gênant de considérer que cette personne est un(e) leader. ... Jusqu'à ce que, sans que cela soit souhaitable, elle dise 2 ou 3 conneries (articulation révocatoire). » (on peut biffer et remplacer le mot « leader » par tout autre mot plus plaisant ou mois choquant mais le résultat sera le même)

 

L’Avant et l’Après

Nous ne devons pas perdre de vue ce que l’on fait quand on parle de stratégie, de moyen de parvenir à instaurer une société plus juste… et ce que l’on fait lorsque l’on parle de RIC et que l’on rédige une constitution.

Ecrire un RIC ou rédiger une constitution ne permet pas d’arriver au pouvoir. Ce faisant nous imaginons effectivement un monde meilleur, mais concrètement nous n’agissons pas directement pour son avènement.

Il est effectivement nécessaire de penser à l’étape d’Après ; c’est indispensable. Cela alimente nos convictions et tend à convaincre les « autres » mais ce n’est pas à proprement parler un acte direct qui participe de la prise de pouvoir.

En fait, il y a objectif et moyens d’y parvenir.
En fait, il y a deux moments différents :

  • Avant la victoire des gilets jaunes et
  • Après cette victoire.

Las, on constate parfois qu’il y a confusion entre ces 2 temps.

Par exemple, untel objectera qu’il faudra prendre d’assaut les banques pour les nationaliser. Non, puisque dès lors que nous aurons la barre du pouvoir légitime, nul assaut ne sera plus nécessaire puisque le peuple aura recouvré la légitimité et le pouvoir de le faire... ou pas.

A l’inverse, comme suggéré plus haut, certains finissent par croire que leur assiduité aux ateliers constituants ou RIC et que la finalisation d’un document parfait mettront à bas le pouvoir. Elles seront peut-être la clé de la victoire mais pas l'arme du basculement.

Il est effectivement plaisant de rêver d’un monde meilleur, et même d’y rêver à plusieurs, mais il est bon aussi de se demander si l’énergie dispensée pour l’édification de ce rêve n’obère pas l’énergie nécessaire à la conquête du territoire dans lequel on veut qu’il s’épanouisse.

 

Constitution n’est pas Programme

S’il appartient à chacun d’avoir ses opinions politiques, le mouvement des gilets jaunes est un mouvement de citoyens mobilisés et réunis autour d’une commune aspiration à plus de justice sociale, fiscale et environnementale et plus de contrôle citoyen. Il est dit qu’il est apolitique et apartisan.

En conséquence, s’il paraît exclu de compter parmi nous des ultralibéraux, traders carnassiers ou autres gros actionnaires du CAC 40, le mouvement des GJ recoupe, peu ou prou par sa composition, l’éventail du peuple français avec la diversité de ses opinions politiques.

Ores, au détour de quelques ateliers constituants et lectures de RIC, on voit parfois émerger des gestes partisans qui ferment le champ de cette diversité politique qui fait l’honneur d’une démocratie digne de ce nom.

D’autre part, une constitution doit s’écrire pour tout français et pas uniquement à l’aune des seules visions "gilets jaunes".

Une constitution est un canevas où se conjuguent les injonctions morales de l’époque et les nécessités de la chose commune.
Elle n’est ni bréviaire moral, ni catalogue de lois, et encore moins programme politique,
mais elle trace une sorte de ligne de flottaison en deçà de laquelle le droit perdrait sa rigueur morale et la morale outrepasserait les limites de la nécessité de la chose commune.

Pour filer la comparaison avec, par exemple, une association pour laquelle il est difficile de séparer ce qui relève des statuts de ce qui relève du règlement intérieur, la Constitution figure les statuts (loi fondamentale) et les Lois, le règlement intérieur.


La critique est aisée, l'art est difficile... quoi qu'il en soit le péril est trop grand pour ne pas avoir les idées claires.

Laissons de côté nos credos politiques, sociétaux ou religieux qui nous affaiblissent.
Agissons, combattons ensemble, quitte à renouer avec nos oppositions une fois la révolution politique advenue, une fois l'ordre démocratique réel rénové, une fois les tensions entretenues par la bête ultralibérale réduites.

Ne dit-on pas que les extrêmes se rejoignent ? Alors encerclons-les !

Jean-Charles Aknin

14 JUILLET 2019 : toute la France se faisait une joie d’aller BRUNCHER (à partir de 95 euros seulement) au FOUQUET’S, qui rouvrait aujourd’hui après quatre mois de fermeture suite aux manifestations du 16 mars. Mais hélas, des « gilets jaunes » et autres casseurs sont venus perturber notre grande fête nationale. Aussi nous le répétons encore : NON A LA VIOLENCE !


La France est prise en otage par une minorité de casseurs en bandes organisées, qui n’ont d’autre but que la destruction et le pillage. C’est un appel à la résistance et à la fermeté contre cette violence sauvage qui s’impose à tous aujourd’hui. Depuis trop longtemps, ces milieux radicaux ont reçu le soutien du monde intellectuel et d’un certain nombre de médias. Il faut radicalement dénoncer ces complicités criminelles. Oui, criminelles. C’est un appel à la révolte contre cette violence que nous lançons devant vous aujourd’hui.

Non à la violence subie par plus de 6 millions de chômeurs [1], dont 3 millions touchent moins de 1 055 euros bruts d’allocation chômage [2].

Non à la violence du chômage qui entraîne chaque année la mort de 10 000 personnes selon une étude de l’INSERM [3].

Non à la violence subie par près de 9 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté (1 015 euros nets mensuels pour une personne seule), dont 2,7 millions de mineurs [4].

Non à la violence des inégalités devant la mort : l’espérance de vie d’un ouvrier est de 71 ans, l’espérance de vie d’un cadre supérieur est de 84 ans, soit 13 ans de différence [5].

Non à la violence de la destruction consciente de l’environnement, et de la destruction consciente des femmes et des hommes au travail.

Non à la violence subie par les agriculteurs : tous les trois jours, un agriculteur se suicide en France [6].

Non à la violence subie par les 35 000 morts de l’amiante entre 1965 et 1995 [7]. Aujourd’hui toujours, chaque année, 1 700 personnes meurent des suites de l’amiante [8].

Non à la violence des inégalités dans l’éducation : 17 000 écoles publiques ont fermé depuis 1980, selon l’INSEE [9].

Non à la violence en matière de logement : 4 millions de mal-logés en France selon la fondation Abbé Pierre, dont 140 000 sans domicile fixe [10]. On compte 3 millions de logements vacants en France [11].

Non à la violence subie par les morts retrouvés dans la rue : au moins 500 morts chaque année, selon le collectif Les Morts de la Rue [12].

Non à la violence subie par 1,8 millions d’allocataires du Revenu de solidarité active, un RSA de 550,93 euros mensuels pour une personne seule [13].

Non à la violence subie par les 436 000 allocataires de l’allocation de solidarité aux personnes âgées, un minimum vieillesse de 868,20 euros pour une personne seule [14].

Non à la violence subie par les 2 millions de personnes qui reçoivent l’aide alimentaire, dont 70 % sont des femmes [15].

Non à la violence de l’évasion fiscale, soit un vol de 80 milliards d’euros chaque année par quelques-uns au détriment de tous, de l’éducation par exemple ou de la santé [16].

Vous pouvez continuer et compléter cette liste des vraies violences.

Mais ces chiffres et ces statistiques ne sont que des indications qui ne permettent pas vraiment de mesurer la profondeur de la violence subie par les corps et les âmes d’une partie des gens de ce pays. Violence de la fin du mois, violence des inégalités, violence du mépris de classe, violence d’un temps sans promesses. C’est évident, simple et profond. Leur violence en réponse n’est rien en face de la violence subie. Elle est spectaculaire, mais infiniment moins spectaculaire que la violence partout présente. Sauf que celle-ci, on ne la voit plus, elle est comme les particules fines dans l’air que l’on respire et d’ailleurs elle n’existe pas pour ceux qui ne l’ont jamais vécue, pour ceux qui sont du bon côté du doigt, pour ceux qui exercent cette violence et qui sont les complices, les véritables complices de cette violence-là, autrement meurtrière, autrement assassine. Mais pour les « petits moyens », depuis trop longtemps, elle est écrasante, mutilante, aliénante, humiliante. Et subie, depuis trop longtemps subie.

Ils se battent bien sûr, ils luttent, ils cherchent les moyens de lutter, les moyens de s’en sortir pour eux et leurs enfants. Pour tous.

Et un jour, quelqu’un a enfilé un gilet jaune.

Daniel Mermet (19 mars 2019)
 

Notes

[1Catégories A, B, C, D et E confondues, voir Pôle emploi, « Demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi au 4e trimestre 2018 », janvier 2019.

[3Pierre Meneton, Emmanuelle Kesse-Guyot, Caroline Méjean, Léopold Fezeu, Pilar Galan, Serge Hercberg, Joël Ménard, « Unemployment is associated with high cardiovascular event rate and increased all-cause mortality in middle-aged socially privileged individuals »International Archives of Occupational and Environmental Health, novembre 2014.

[4Institut national de la statistique et des études économiques, Les revenus et le patrimoine des ménages
Édition 2018
, 05 juin 2018.

[5Nathalie Blanpain, « L’espérance de vie par niveau de vie : chez les hommes, 13 ans d’écart entre les plus aisés et les plus modestes », Institut national de la statistique et des études économiques, 6 février 2018.

[6V. Gigonzac, E. Breuillard, C. Bossard, I Guseva-Canu, I. Khireddine-Medouni, « Caractéristiques associées à la mortalité par suicide parmi les hommes agriculteurs exploitants entre 2007 et 2011 », Santé publique France, 18 septembre 2017.

[8Julie Carballo, « Amiante : 2 200 nouveaux cancers et 1 700 décès par an en France »Le Figaro, 20 janvier 2015.

[9Institut national de la statistique et des études économiques, « Tableaux de l’économie française. Édition 2018 », 27 février 2018.

[10Fondation Abbé Pierre, « 24e rapport sur l’état du mal-logement en France 2019, 1er février 2019.

[11Institut national de la statistique et des études économiques, « Le parc de logements en France au 1er janvier 2018 », 02 octobre 2018.

[12Les Morts de la Rue, « Liste des morts de la rue », 5 février 2019.

[13Ministère des Solidarités et de la Santé, « Nombre d’allocataires du RSA et de la Prime d’activité », 02 mars 2018.

[14Caisse nationale d’assurance vieillesse, « Minimum vieillesse et ASI », 5 juin 2018.

[15Banques alimentaires, « Rapport d’activité 2017 ».

Les urgentistes sont en grève.
Les pompiers sont en grève.
Les professeurs sont en grève.

Des milliers de gens sacrifient leur temps libre le week-end depuis 7 mois pour essayer de résister à une boucherie sans nom des acquis sociaux, du pouvoir d’achat et de nos droits les plus fondamentaux.

Des jeunes se sont fait charger, gazer et matraquer par la police alors qu’ils dansaient et faisaient la fête lors d’une célébration légale et nationale qu’est la Fête de la Musique. 14 sont tombés dans la Loire, le fleuve le plus dangereux de France. Un jeune de 24 ans, Steve, n’en est jamais ressorti…et ils nous parlent de canicule à la télévision !

Ils nous rappellent de bien s’hydrater et de rester chez soi aux informations nationales et régionales. Un jeune est sûrement mort à l’heure qu’il est et ils nous parlent météo ! Poussés par des flics déchaînés qui n’ont plus aucune morale ni éthique, 14 jeunes ont failli se noyer et 1 a disparu. Il paraît qu’il ne savait pas nager…

Comment en est-on arrivé à un tel niveau de mépris de la vie humaine ?

Infirmières, urgentistes, pompiers, professeurs ne veulent plus continuer ainsi. Les professions qui sont au service des autres, qui mettent leur vie au service des autres ne peuvent plus continuer ainsi et ils nous parlent météo ?!! Un jeune citoyen est sûrement mort et ils nous parlent météo ?!!!

Vous qui ne vous sentez sûrement pas gilet jaune, mon dieu non quelle horreur, sentez-vous quand même un malaise poindre au fond de votre ventre ? Quelque chose qui vous dit qu’il y a quelque chose de pas normal ? Commencez-vous à comprendre que le pays est en pleine dérive autoritaire où les 2 piliers de tout gouvernement, les médias et la police, sont à la botte ou à la merci de ce gouvernement détraqué ? Autant d’aberrations, d’injustices, de valeurs violées qui en d’autres temps en auraient vu plus d’un pendus sur la place publique, passent comme des lettres à la Poste (service qui en train de crever aussi, 15 mois que certains sont en grève!!!) et saturent ma raison au point que j’en suis à penser à quitter le pays pour ne pas devenir dingo…

La terreur s’installe, les infirmières viennent être « réquisitionnées » la nuit à domicile par la police, des gens payent de lourdes amendes pour avoir osé critiqué le gouvernement, pour un doigt d’honneur, un mot de travers ou même pour avoir porté du jaune sur eux !!!! (si si vrai de vrai!)

L’humour, la caricature et les différents points de vue sont interdits sous peine d’incarcération ou amendes.

Les rues des villes et villages où passent le président sont fermées à tous, y compris les habitants et l’interdiction est posée même de se mettre à sa fenêtre.

Des morts comme Zineb Redouane, dame octogénaire qui a reçu une grenade lacrymogène à la tête alors qu’elle était dans son appartement, sont mis sous le tapis. Ainsi que Steve.

Où est Steve, bande d’assassins ??!!!

La France est en train de se faire liquider. Les français sont en train de se faire liquider. On est en train de se faire liquider. Et vous osez faire comme si rien ne se passait ? Et me dire qu’il fait chaud! Comme si on ne le savait pas alors que les scientifiques hurlent depuis des décennies, qu’on est des milliers dans les rues à hurler qu’on veut des changements drastiques pour « sauver le climat » et qu’on ne veut pas crever à cause de quelques psychopathes capitalistes qui ont réussi à faire passer les chiffres du CAC 40 comme les indispensables nouvelles du jour à écouter aux 3 repas quotidiens des français.

Il y a un dicton autrichien qui dit : « Quand tu mets la tête dans le sable, n’oublies pas que ton cul reste dehors. » Peuple de masochistes… Qui aime souffrir.

Stop le déni ! Stop la souffrance ! La vie c’est pas ça! Et ça, ça tue la vie…

Réveillez-vous.

Il est où Steve……. ?

Tinka (28 Juin 2019)