Sur fond de polémique où, d'une part, la possibilité de critiquer une religion est assimilée à un racisme et où, à l'opposé, des racistes instrumentalisent les aspirations de tolérance et d'ouverture laïques, ce 10 novembre 2019, une manifestation contre l'islamophobie s'est déroulée à Paris et dans certaines villes de France.  

Il est apparu quelques jours avant l'événement que de nombreuses associations musulmanes militantes, prônant l'islamisme politique, représentées par nombre de personnalités dites "radicalisées" étaient à la manoeuvre.

Si nombre de politiciens se sont in-extremis abstenus de se déplacer (sans pour autant se rétracter sur leur signature de soutien), Mélenchon et quelques autres (écolos EELV, NPA, ...) se sont malgré tout rendus dans le cortège.

Voici le copié-collé d'un post FaceBook remarquable de Nathalie Bianco qui exprime son amertume d'assister au manque de discernement de personnalités qui pourtant devraient, plus que toute autre, en faire preuve.

 


 

De Charb à Allahou Akbar : la MélencHonte

 

Alors, Jean-Luc, comment ça va ?
Tu permets que je te tutoie, Camarade. Après tout « camarade » nous l’avons été, nous « peuple de gauche » et même si ce n’était plus trop le cas depuis longtemps, je continuais à nourrir une certaine forme de tendresse pour toi. Un peu comme avec un ex que l’on n’arrive pas à détester complètement et qu’on regarde toujours avec une pointe de nostalgie, même si on sait que c’est bel et bien terminé.
Il faut dire que tu as su m’en donner des frissons... Ton magnifique discours lors de l’enterrement de ton ami Charb vois-tu encore aujourd’hui je ne peux y repenser sans pleurer.

Et donc, alors, Camarade, c’était comment cette manifestation ? Raconte. Tu étais à l’aise au milieu des pires entrepreneurs identitaires et des intégristes ? Tu as serré des paluches ? J’ai vu qu’il y avait dans la manif des jeunes enfants à qui on a fait porter une étoile jaune. Tu as trouvé ça mignon qu’on compare le sort réservé aux enfants juifs séparés de leurs parents, déportés, exécutés, gazés à celui des enfants de confession musulmane qui ont à subir… quoi en fait ? Concrètement ?
Et Madjid Messaoudene, tu l’as vu alors ? Il est sympa ? T’as fait un selfie ? Tu sais ce grand type rigolo, élu de Saint Denis qui, au lendemain de la tuerie de Toulouse tweetait en rafale des blagues et des jeux de mots sur Mohamed Merah (je n’oublie pas merah cine / qu’est ce que tu merah-conte etc). Mort de rire. Enfin mort oui, surtout les enfants de l’école maternelle.
Bon, et à part ça… Il y avait du beau monde ? Tu l’as vu Nader Abou Anas ? Mais si enfin, le salafiste qui dit qu’une femme doit être obéissante à son mari et qu’elle ne doit sortir de chez elle qu’avec sa permission ! Il était là ?
Et l’autre, tu sais le rigolo, qui explique aux enfants qu’ils vont finir en cochon s’ils écoutent de la musique il est venu aussi ? Celui qui dit dans ses prêches qu’une femme non voilée n’a pas de pudeur et pas d’honneur et qu’elle ne doit pas s’étonner de subir des agressions tu vois de qui je parle ?
Et les gens de l’association « participation et spiritualité musulmane", tu les as croisés ? Mais si souviens-toi, les homophobes, les anti-avortements excités de la « Manif pour Tous » les potes de CIVITAS quoi. Ça y’est tu les remets ? Ils devaient être tout près des pancartes demandant l’abrogation des lois de 2004.
N’empêche, ça a dû te faire drôle, toi le progressiste, le laïque passionné, l’universaliste, toi qui expliquais en 2010 que les femmes voilées se stigmatisaient toutes seules, toi qui récusais le terme même d’islamophobie en défendant le droit à critiquer les religions, toi qui déplorais en 2018 que la religion devienne de plus en plus ostentatoire dans notre société…

Alors dis-moi Camarade, ça t’a fait quoi quand Marwan Muhamad, du CCIF, l’officine officieuse des Frères musulmans a fait scander à la foule « allahou Akbar » ? ça t’a pas un peu terrifié d’écouter ce cri qui aura été le dernier qu’auront entendu tes amis de Charlie Hebdo juste avant de s’écrouler ?
Et quand ils ont fait huer le nom des opposants qui sont déjà menacés, Mohamed Sifaoui, Bouvet, Zineb etc qu’as-tu fais Jean luc ? Tu as tapé dans tes mains en rythme aussi ou tu t’es discrètement bouché les oreilles ?

Je voudrais juste savoir Camarade. J’ai besoin de comprendre.
Est-ce qu’il y a un moment, même fugace où le souvenir de Charb, de son poing crânement levé, de son sourire malicieux, de son testament « lettre ouverte aux escrocs de l’islamophobie » t’a glacé le sang ?
Est-ce que à un moment, t’est revenu le souvenir de tes mots, si beaux, si forts à l’enterrement de ton ami : « La mort est passée. Elle rôde encore autour de nous et nous sentons son souffle froid (…)Tremblants de peine et sidérés, nous sommes venus nous réchauffer une fois de plus auprès de lui. Car Charb tisonnait si bien pour nous la braise rouge ! Rouge ! Contre la cendre des convenances boursouflées et des certitudes aveuglées, nos rires étaient ses incendies du vieux monde! (…) Charb, tu as été assassiné comme tu le pressentais par nos plus anciens, nos plus cruels, nos plus constants, nos plus bornés ennemis : les fanatiques religieux, crétins sanglants qui vocifèrent de tous temps. Charb, ils n’auront jamais le dernier mot tant qu’il s’en trouvera pour continuer notre inépuisable rébellion »
Je voudrais juste savoir Camarade. Ça fait quoi de renier ses valeurs dans l’espoir de glaner des voix communautaires ? ça fait quoi de trahir ses amis ?
Je voudrais juste savoir Camarade. Est-ce que ce soir, comme nous tu te prends la tête entre tes mains ? Est-ce que au moins, maintenant, tout seul, dans le secret de ton cœur, tu as honte « Camarade » ?

Nathalie Bianco

11/11/2019

 

Texte remarquable de notre ami Barbajohan. Merci à lui pour sa juste colère.


Les premiers de corvée

Aux risques de déplaire : j’irai cracher sur vos tombes.

Tout en bas de la pyramide sociale française, il y a les miséreux, ceux qui dorment dehors, parfois même avec des enfants et qui faute de trouver bombance dans les poubelles se suffisent souvent d’un repas par jour. Le sandwich ou la soupe offerte par les maraudeurs du Secours Catholique, du Secours Populaire ou des Gilets Jaunes.
Ce sont ceux dont on ne veut pas, ceux qui sont chassés, stigmatisés et pour qui personne dans le monde politique n’organisera de manifestation.

Un peu plus haut, il y a une catégorie de population composée, d’une bouche, d’un tube digestif et d’un terminal de déjection.
En fait on les entretient dans des conditions de survie précaire par l’assistanat afin de favoriser les grandes surfaces alimentaires, une façon d’entretenir le profit des actionnaires de ce secteur économique fondamental pour maintenir un semblant de croissance.

Un peu au-dessus, il y a le sous-sol des classes dites moyennes, ceux qui gagnent 5 € de revenu au dessus des seuils et qui n’ont donc droit à rien.
Ceux qui doivent choisir parfois entre payer l’eau, ou (ou exclusif) l’électricité, ou le chauffage ou le loyer, ou les frais de scolarité. Les proies des services fiscaux, avec leurs lettres de relance et leur ATD.
Les proies des vautours des agios et frais bancaires. Ceux qui prient pour que la voiture ne tombe pas en panne, pour ne pas à avoir à l'amener chez le garagiste même pour un contrôle, car ils savent que la banque ne leur octroiera pas de crédit pour acheter un autre véhicule au vu de leur situation d’endettement.
Ceux qui vivent dans l’angoisse du pépin qui les enverrait dans la misère.
Ceux qui ont rayé de leur liste les loisirs, (vacances, cinéma, restaurant, sorties etc..), ceux qui ont même réduit leur consommation alimentaires, et qui fêteront Noël et le Nouvel An au maigre.
Ne vous leurrez pas, il y a parmi ces gens-là, des gens qui sont des petits propriétaires pauvres et qui vivent dans des maisons taudis, les retraites ou les pensions de réversion ne leur permettent plus d’entretenir leur bien.

Et puis il y a ceux qui sont encore juste au-dessus, ceux de l’entresol qui voient rarement le soleil, ceux qui savent qu’eux-même ou un membre de leur famille peut du jour au lendemain basculer dans le vide.
Ils peuvent encore se payer parfois un extra, oh mais un petit extra, un extra à 80 €, un par mois.
L’art des grands manipulateurs de la politique politicienne, populiste et démagogique consiste à leur faire croire qu’ils pourraient vivre un peu mieux si on les débarrassait de ceux qui sont au-dessous d’eux en supprimant tout laxisme économique, salarial, et aides diverses octroyées aux plus miséreux et aux plus précarisés.

En gros la solidarité, c’est un luxe de riche.
Je les rassure ce terme n’existe ni dans le vocabulaire, ni dans l’esprit de ceux qui sont riches, la solidarité ne générant aucun profit financier.

Barbajohan. 8/11/2019.

 

GJ Magazine a reçu cette lettre anonyme et a choisi de la diffuser dans son intégralité… (article d'origine)


Chers (chères) Gilets Jaunes, éveillés de France,

Cela fait désormais bientôt un an que vous êtes dans la rue. Cela fait un an que vous manifestez dans les rues de France, pour espérer changer le destin de notre pays et du monde.

Pendant que bon nombre de français en sont encore à se nourrir de mensonges télévisés, vous, éveillés de France, avez ouverts les yeux, et essayez de diffuser la vérité sur vos banderoles, sur les pages Facebook via les articles que vous relayez, via vos médias indépendants, via des rencontres, des discussions, des convergences…

Vous, éveillés de France, vous agissez. Vous agissez pour l’avenir de nos enfants, de nos petits-petits enfants, pour l’avenir de la France et du monde. Vous vous soulevez contre le capitalisme. Contre le monde tout puissant de l’argent. Contre le mensonge, l’injustice, l’indifférence.
Vous osez crier les vérités que tout le monde pense, mais que personne n’ose dire. Que tout le monde pense, mais que personne ne crie dans les rues le samedi, préférant vous observer de loin. Prendre les risques à leur place. Faire l’histoire pour eux-mêmes.

Oubliant que tout serait plus facile s’ils étaient avec vous.

Gilets Jaunes, votre mouvement est historique. Personne ne vous voyait venir. Vous êtes un mouvement spontané. Issu du peuple.

Un mouvement sans chefs ni leaders. Guidés seulement par votre désir commun : celui de vivre vraiment.

Jamais la France n’a été si proche de la Liberté qu’aujourd’hui. Et pourtant, la France va mal.

Mais vos idées sont une merveille. Vous devez aller au bout. Car ici je parle de la vraie Liberté possible.

Certaines de vos idées des temps nouveaux, comme celles du Référendum d’Initiative Citoyenne, sont extrêmement louables. Cela montre que les hommes ne veulent plus de chefs, ni être eux-mêmes des chefs. Vous avez compris l’importance réelle de l’égalité, de la solidarité, de l’amour.

Vous avez compris l’importance du libre-arbitre, de pouvoir décider pour votre vie. L’importance de faire confiance à votre maturité pour décider de vos lois.
Vous êtres réellement combattus. Certains êtres ne veulent pas perdre leur suprématie.

N’ayez pas peur. La vie vous soutient. La vie sera toujours avec ceux qui la défendent.

Cette période de transition semble nécessaire. Mais il va falloir réussir. Si vous réussissez, alors le monde sera réellement ce que nous voulons tous.
Car aujourd’hui c’est le monde entier qui se soulève. Et personne ne pourra l’en empêcher.

Soyez optimistes Gilets Jaunes. Ne vous laissez pas influencer par ceux qui veulent vous diviser, vous faire croire que vous n’existez plus. Votre cœur bat, vous le savez, non ? Alors vous êtes toujours là. Toujours prêts à crier les vérités universelles à défendre.

Aujourd’hui bon nombre de personnes se font passés pour des Gilets Jaunes sur vos réseaux. Ils sèment la confusion. Ridiculisent votre mouvement. Disent qu’il est fini. Se moquent de vos actions en les disant inutiles. Ne les croyez pas ! Ils cherchent seulement à vous déstabiliser, à vous faire douter. Restez confiants en vos idées. Croyez en votre réussite. Avancez sans vous retourner.

Il est clair cependant que vous perdez un peu de motivation car vous semblez vous habituer aux manifestations. Pour cela, vous ne devez pas prendre les manifestations comme une routine. Mais vous devez prendre réellement chaque manifestation comme une victoire possible. Comme une pierre de l’édifice de votre nouveau royaume. Celui que vous construisez avec tous ceux qui croient en sa possibilité. Ainsi, chaque pierre compte.

Gilets Jaunes, ne vous éparpillez pas. Restez fixés sur les objectifs. Vos actions doivent permettre une victoire
possible pour l’obtention de votre RIC, ou de tout ce qui pourrait offrir une société plus juste.

Aussi, par exemple, lorsque vous êtes des milliers de personnes sur Paris. Restez-y. Investissez une place. Une rue. Restez-y réellement ! Ne partez plus. Jusqu’à la révolution que vous souhaitez.

Faites les choses réellement, à 200%. Avec tout votre cœur et votre détermination. Ne reportez pas à plus tard. Faites aujourd’hui. Si vous le faites, tous les Gilets Jaunes de France vous rejoindront.

Aujourd’hui vous n’avez que peu de temps. La reconnaissance faciale arrive. La 5G. Et bien d’autres armes bizarres, de contrôles. Ce que vous pouvez aujourd’hui sera plus difficile demain.
Croyez que c’est possible.

Vous êtes l’avant-garde des français. Ceux qui œuvrent pour leur liberté.
Ne jugez pas ceux qui dorment encore. Ils sont simplement manipulés. Tellement manipulés qu’ils croient être dans le vrai. Ils pensent qu’il est normal de recevoir des dizaines de vaccins, de se nourrir de chimie, de respirer de la chimie. Ils pensent qu’il est normal d’être filmés, pistés, écoutés.

Ils croient qu’il est normal de vivre dans des boîtes, isolés de la nature. Isolé du monde réel. Au milieu du béton. Qu’il est normal d’avoir un chef. Qu’il est normal d’être mutilé pour le droit de manifester. Ils pensent qu’il est normal de vivre au milieu des ondes électromagnétiques. De chauffer leur nourriture par des micro-ondes. De puiser les ressources de la Terre pour se chauffer, se déplacer, s’habiller. Ils pensent qu’il est normal de tuer par milliards nos petits frères, les animaux.

Ils ont oubliés ce qu’était la vie. Ils ont oublié qu’il était possible de vivre autrement. Simplement. Sans tout ça. Sans se détruire et sans détruire son environnement. Ce peuple se nourrit de films aux images terribles, de musiques dysharmonieuses et de mensonges. De pensées dysharmoniseuses, et vivent totalement en dehors de l’harmonie.
Hors l’harmonie c’est simplement être en accord avec le vivant. Et le vivant est sain, libre. Il est joie. Il est beauté. N’ayez pas peurs de ces mots, Gilets Jaunes. Ils ne sont pas ridicules, enfantins, ou encore le discours d’illuminés. C’est pour ces mots que vous vous battez. Inconsciemment. C’est pour l’amour que vous marchez. L’égalité entre tous. L’amour du vivant. L’amour qui ne détruit pas.
La santé c’est simplement ne pas se détruire par tout ce qu’a créé l’homme et le capitalisme fou.
Il est temps de récupérer vos droits. De rendre ses droits à la Terre. Et vous êtes la Terre. Vous méritez de respirer un air pur, de boire une eau saine, de manger des fruits sains.
Vous méritez de travailler avec respect pour ce que vous faites. Vous méritez d’être écoutés.
Car un homme est égal à un homme. Vous méritez de décider pour ce que vous croyez juste.

Gilets Jaunes, soyez optimistes. Soyez confiants. Croyez. Croyez vraiment.
Ceux qui gagnent ont toujours cru.

Courrier et Communiqué de presse formulés à l'initiative de Gilets Jaunes, dont les 4 signataires : Priscillia Ludosky, Fouazi Lellouche, Jérôme Rodrigues et Fabrice Grimal.

À l'approche des 1 an du mouvement et après avoir tenté de faire entendre nos revendications en vain, en complément de l'organisation du week-end du 16 et 17 novembre, nous avons souhaité, à travers ce communiqué, rappeler ce pour quoi nous nous battons et informer les uns et les autres de l'envoi d'un courrier officiel adressé aujourd'hui même au président

Groupe Facebook "1 an de lutte 17 11 18 - 17 11 -19"

Jusque dans les années 70, la doxa ultralibérale n’investissait que les sphères affairistes, ne concernait que de lointains mouvements de capitaux aux confins des coffres forts des banques via le grand casino boursier. Las cette vision naïve dont les citoyens pouvaient se permettre le luxe n’est plus possible. La crise de 2008 a révélé les menées délétères d’un système qui se trouve en capacité, à la moindre défaillance, d’engloutir la civilisation entière. L’adage « privatiser les profits, nationaliser les pertes » fait place à un « Bientôt ils privatiseront même l’air qu’on respire » d’autant plus angoissant qu’il est devenu plausible. Mais comment faisions-nous avant ?

Amnésie, vérité « adaptée », fake old stories, notre histoire récente (celle de nos parents, grands-parents) disparaît dans une brume très très artificielle...

« Trente Glorieuses ? A part les yéyés et la DS, non ça ne me dit rien. » Souvenirs, souvenirs... une vie avant les privatisations.


De toute l’histoire millénaire de notre pays, il n’y eut qu’une seule période où les leviers économiques, financiers et productifs ont entièrement dépendu de l’Etat et des citoyens. Cette période n’a duré que 30 petites années, de 1945 à 1975. Cette parenthèse historique, communément appelée les Trente Glorieuses, correspond exactement à la seule période où la Banque de France était une institution nationale, au sens d’entreprise publique.

Jusque-là, - malgré la Révolution et ensuite l’Empire - la Banque de France appartenait à des intérêts privés (les 200 familles) même si entre les deux guerres des représentants de l’Etat avaient été admis à la table de son conseil d’administration sous la pression politique du Front Populaire, en 1936. Jaurès, en 1892, avait échoué.

Concurremment c’est au sortir de la 2° guerre mondiale que des entreprises ont été massivement nationalisées ou créées sous l’égide de l’État par le Conseil National de la Résistance (CNR).

 

« Entre la menace du sous-développement économique et celle d’une trop forte émission de monnaie, j’ai toujours préféré le second péril. »

François Bloch-Lainé, Directeur du Trésor de 1947 à 1952

Le credo du CNR était de privilégier l’expansion économique et le plein emploi plutôt que de consacrer au dogme ultralibéral de Milton Freidman qui n’avait pour seul objet que de combattre l’inflation et assurer la bonne santé des marchés.

François Bloch-Lainé, Directeur du Trésor de 1947 à 1952, disait : « Entre la menace du sous-développement économique et celle d’une trop forte émission de monnaie, j’ai toujours préféré le second péril. »

Cette préférence s’explique d’autant mieux que l’inflation, due à une trop forte émission de monnaie, reste in fine contrôlable lorsque, comme à cette époque, l’Etat était en mesure de réguler la création monétaire. Rappelons aussi que, malgré la Révolution et la révolution industrielle, les français vivaient depuis des siècles dans une misère noire et sous un régime de classe insolent. Les frou-frous romantiques du 19ème ne cacheront jamais les haillons innombrables de Germinal et des Misérables.

Notons aussi que la lutte contre l’inflation joue le rôle d’épouvantail présentable pour légitimer la religion de « la main invisible des marchés » qui entend littéralement destituer l’État de toute ingérence dans l’économie, le reléguant au rôle unique et ingrat d’agent percepteur de l’impôt.

 

« il n’est pas question de calculs pragmatiques qui mèneraient à opter pour un système plutôt qu’à un autre … avec au bout une solution quasi mathématique. Il s’agit en fait d’un choix idéologique.

A qui voulons-nous confier notre destin ? »

Mais « la main invisible des marchés » a-t-elle une vision pour le pays et son peuple ?

Ici, il n’est pas seulement question de mesures techniques qui agenceraient l’organisation économique du pays, il n’est pas question de calculs pragmatiques qui mèneraient à opter pour un système plutôt qu’à un autre … avec au bout une solution quasi mathématique. Il s’agit en fait d’un choix idéologique.

A qui voulons-nous confier notre destin ?


Revenons à cet instant historique où la France s’était dotée des atouts que se sont depuis appropriés les intérêts privés.

Avec la Nationalisation de la Banque de France et donc de la création monétaire du Franc, l’État a nationalisé les 4 plus grandes banques du pays qui représentaient 50 % de l’épargne français : la Société Générale, le Crédit Lyonnais, le Comptoir National d’Escompte de Paris et la Banque Nationale pour le Commerce et l’Industrie. S’y sont ajoutés le Crédit National et la Caisse des Dépôts et Consignations.

Le Trésor public recueillait l’impôt et distribuait l’argent sur les projets de modernisation définis par le Commissariat au Plan.

 

« Peut-on imaginer aujourd’hui le gouvernement français capable de propulser un tel boum économique ? Non. Ce qui a permis de créer cette dynamique inconcevable aujourd’hui, c’est l’économie dirigée. »

Arrêtons-nous sur le terme « modernisation ».

- Les tenants de la version libérale de l’économie nous disent que les Trente Glorieuses ont fait florès parce que la France était à reconstruire (et parfois ajoutent qu’il nous faudrait une bonne guerre pour repartir). Mais dans les années 50, 60, il n’a pas s’agit uniquement de reconstruire mais aussi et surtout de moderniser le pays.

A cette époque, nos parents ont reconstruit certes le réseau d’eau, routier, ferroviaire et électrique, les gares, les grandes minoteries, des barrages hydroélectriques (et créaient la 1ère usine marémotrice sur la Rance 1966), les grands hôpitaux, mais ils ont surtout construit à partir de rien ou de pas grand-chose le réseau téléphonique, le réseau autoroutier, le périphérique parisien, les aéroports (Orly 1961, Blagnac 1953, ...), les grands terminaux portuaires (Dunkerque 1963, Fos-sur-Mer 1968, Saint-Nazaire 1969, Le Havre 1972), le Concorde 1967, les moteurs d’avion (SNECMA 1945), l’industrie digitale (Bull), électronique (Thomson 1966), électrique avec EDF N°1 mondial, le géant du nucléaire (Framatome 1958) avec son réseau de centrales nucléaires N°1 mondial (AlsThom), l’usine de retraitement de la Hague 1966, la métallurgie (Usinor 1948), la transformation de matériaux (Saint-Gobain), le transport ferroviaire (AlsThom), l’industrie de l’armement (GIAT industrie 1945), le regroupement des arsenaux – munitions, armes légères, chars, canons), la France est devenue une force maritime dotée de sous-marins lanceurs d’engins (Le Redoutable 1967, le Terrible 1973, le Foudroyant 1974, l’Indomptable 1976, Arsenal de Cherbourg), a lancé les constructions navales civiles (paquebot France 1961, Chantiers de l'Atlantique de St Nazaire 1964) et militaires (croiseurs, vedettes) et des programmes d’avions de combat (Mirage III), relancé et conforté le secteur automobile, la production agricole (IVème plan), modernisé les transports en commun (Métro, tramways, bus, ferries - nationalisation partielle de la marine marchande -, …), densifié l’éclairage urbain, conçu un maillage administratif dense (tous les bourgs, préfectures, sous-préfectures avaient leur poste, leur centre des impôts, leur tribunal, leur hôpital ou leurs dispensaires, des écoles dans chaque commune), subventionné l’Institut Pasteur, construit des universités, relancé le CNRS en 1958, créé et entretenu des conservatoires de musique, des théâtres, des opéras, les MJC, initié toute une industrie et un savoir-faire audiovisuel (ORTF 1964) avec la construction des émetteurs (TDF), des radios (Maison de la Radio 1963), des chaînes de télévisions (Cognacq-Jay), de production de programmes TV (SFP – Buttes-Chaumont 1974), de l’INA (archivage audiovisuel 1974…), de l’AFP (agence de presse, surpassant Reuter, la concurrente US), créé le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM 1959), organisé l’entretien des forêts (ONF 1966), sans oublier la politique du logement social avec l’édification des grands ensembles HLM partout dans les villes de France (1953-1977), l’édification de quartiers d’affaires (La Défense 1960), le déménagement des Halles à Rungis 1969 et la création du quartier des Halles 1979, création du RER 1977, et bien d’autres choses à décliner sur tout le territoire … le tout traversé par des constructions sociales uniques telle la Sécurité Sociale, la CAF, le Planning Familial, …

NB. : Le fait d’établir cette liste à la Prévert ne vaut pas caution inconditionnelle de toutes les décisions prises à l’époque (choix du tout nucléaire, industrie des armes, …) mais montre la puissance productive déployée alors.

NB. : Même si dans cette liste apparaissent certaines réalisations dont l’essor datait d’époques antérieures, elles étaient a minima entretenues et au moins ne périclitaient pas comme elles le font aujourd’hui.

Alors exit l’argument de la reconstruction florissante parce que post-apocalyptique.

Peut-on imaginer aujourd’hui le gouvernement français capable de propulser un tel boum économique ? Non. Ce qui a permis de créer cette dynamique inconcevable aujourd’hui, c’est l’économie dirigée.

Seul un Etat avec une vision ET maître de sa monnaie pouvait réaliser un tel tour de force.

NB. : Il s’agissait d’une économie semi-dirigée puisque le secteur privé s’y déployait sans entrave et même profitait des mannes du Trésor dès lors qu’il participait de l’effort national défini par le Plan.

 

- Les ultralibéraux désigneront sans doute à ce stade l’exemplaire Amérique comme le monument ultralibéral qui décrédibilisera toute velléité « pro dirigiste ».

D’abord les Etats-Unis sont loin d’être l’Eldorado qu’ils prétendent être (et que les ultralibéraux travestissent). Des foyers considérables de pauvreté s’y multiplient sans protection sociale, beaucoup de retraités se sont fait spoliés définitivement de leurs cotisations, les pollutions sont légions… les américains souffrent en grand nombre.

Ensuite rappelons que le Dollar depuis Bretton Wood en 1945 est la monnaie directrice de toutes les autres ce qui représente un avantage inouï.

Mais pour comparer les US avec la France des Trente Glorieuses, le même boum économique s’y déroulait à la même époque. Ores, bien que la chose soit dûment cachée, ce boum s’y déroulait sous l’égide d’un état tout aussi dirigiste. Rappelons que Roosevelt imposait les entreprises US à 80 %. Autant d’argent prélevé par le Trésor américain qui donnait à l’État US quasiment les mêmes prérogatives que celles qu’avait l’État français dans les années 50 et 60 face aux intérêts privés.

Et, petit détail, les Etats-Unis battaient et battent toujours leur propre monnaie.

Enfin, il faut reconnaître aux dirigeants américains, quel que soit le bien fondé de leurs objectifs, qu’ils ont toujours eu à cœur de porter une vision pour leur pays, une vision patriotique (même si le bien commun ne faisait pas vraiment partie de leur philosophie).

Las, il faut nous rendre à l’évidence : le bien commun, l’intérêt général, le patriotisme (au choix) ne sont plus, depuis longtemps, des préoccupations qui caractérisent nos dirigeants français.

Ainsi l’exemple américain ne peut être opposé à la France sous-économie-dirigée des Trente Glorieuses.

 

- L’autre argument brandit régulièrement en critique de la France d’Alors sont les dévaluations successives du Franc.

Et bien justement nous y voilà.

Nos héros du redressement français auraient donc trop joué de la planche à billet et l’inflation a mis à mal nos finances. On s’en souvient.

 

« Sans exportations suffisantes les richesses françaises ont tourné en vase clos et ont été asphyxiées par une inflation provoquée de l’extérieur. »

Continuons le jeu des comparaisons.

Les US, on l’a vu, possèdent (possédaient) l’arme ultime, l’étalon Dollar. Les Anglais, un sens inné pour jouer sur tous les tableaux avec une monnaie toujours surévaluée (£) sous perfusion US et son Commonwealth néocolonial. Le Canada était sous perfusion US avec un territoire immense et riche. L’Allemagne avait été choisie par les US comme Cheval de Troie en Europe et bénéficiait du Plan Marshall. L’Italie, l’Espagne, le Portugal se portaient encore moins bien que la France. Les pays baltes s’en sont toujours sortis grâce à leur civisme protestant et surtout à leur faible démographie ; et leur proximité avec l’URSS leur procurait un intérêt stratégique pour les US. Les pays arabes avaient leur assurance-richesse grâce aux hydrocarbures. La Chine était encore endormie. L’Amérique latine se débattait contre les assauts de l’impérialisme américain. Et l’URSS avec ses satellites faisait bande à part. Cuba était en prison.

Seuls les dragons asiatiques (Taïwan) et le Japon pointaient alors leurs industries spécialisées et sectorisées avec la bénédiction des US qui déjà recherchaient une main d’œuvre bon marché et des débouchés.

Seuls la France, l’Inde, la Turquie, l’Egypte, la Yougoslavie et quelques autres « non alignés » cherchaient à s’extraire de l’emprise impérialiste américaine. Et parmi eux, la France avait plutôt de bons résultats, les meilleurs même (peut-être aussi grâce à la peu reluisante France-Afrique).

 

Est-ce la planche à billet qui a enraillé le redressement français ?

Si les débouchés économiques avaient été au rendez-vous, il est permis d’en douter. Sans exportations suffisantes les richesses françaises ont tourné en vase clos et ont été asphyxiées par une inflation provoquée de l’extérieur.

Ce qu’on peut constater c’est que la France a subi à cette époque un boycott rampant organisé et relayé par tous ceux qui marchaient docilement dans le sillage américain. Tous les autres (les non alignés) ont dû baisser pavillon d’une façon ou d’une autre.

Répétons-le : un système économique est un choix idéologique. Le bien commun ou le profit à tout prix ? L’intérêt général ou celui d’une caste ? Le patriotisme ou le cynisme des marchés ? La solidarité ou la loi du plus fort ? Citoyens ou consommateurs ? L’indépendance ou la soumission ?

La France sous économie dirigée exhalait trop de relents collectivistes pour les ultralibéraux américains et anglo-saxons.

Voilà ce qui s’est joué en janvier 1973 lorsque la Banque de France, sous la signature d’un certain Valéry Giscard d’Estaing, suivi par le zèle de Mitterrand, renonça à battre monnaie au profit des banques privées. La fin d’un élan national. La fin des grands projets, la fin des entreprises nationales, la fin du rêve de fraternité français.

Voilà ce qui se joue encore et encore avec les privatisations, la vente à la découpe du patrimoine France, la réduction des efforts de nos parents, grands-parents et des générations qui nous ont fait naître.

Voilà, la guerre que nous avons perdue, contre des ennemis insatiables qui encore et encore vident de sa substance et de son énergie le peuple que nous étions, des ennemis qui, comme tous les vainqueurs, se partagent le butin. Avec la complicité zélée d’authentiques traîtres, menteurs et sans conscience.

 

Pour conclure, inversons le jeu de comparaison. Quelle société idéale, l’Ultralibéralisme Roi a donc fini par offrir aux populations ? (Encore faudrait-il que les populations en soient les destinataires).

Je laisserai les lecteurs répondre à cette question.

Jean-Charles Aknin