Copie de l'Article paru dans LE BLOG DE JMF NICE de Médiapart 


Réponse à la lettre de M. Christian Estrosi (Gilets Jaunes Nice Garibaldi)

22 MAI 2019

Communiqué de Presse en réponse à la lettre de M. Christian Estrosi, Maire de Nice, adressée au Procureur des Alpes Maritimes (13 mai 2019), par le groupe Gilets Jaunes de Nice-Garibaldi.

M. Christian Estrosi demande dans sa lettre au Procureur datée du 13 mai 2019 "d'appliquer les dispositions pénales'' prévues dans l'article 431-9 du Code pénal, punissant de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende les personnes ayant organisé des "manifestations illégales''.
Il fait référence, pour justifier sa demande, aux manifestations et actions dans le cadre du mouvement des Gilets Jaunes (GJ). Son argumentation comporte plusieurs inexactitudes que nous souhaitons corriger :

1- Selon M. Estrosi, les revendications des GJ sont "contradictoires", sans précision concernant ces éventuelles contradictions. Nous rappelons au Maire que nos revendications ont été clairement communiquées : plus de justice sociale, plus de justice fiscale et plus de participation citoyenne dans la vie politique (RIC).

2- Il affirme dans sa lettre que nos "manifestations dégénèrent". Les citoyens de la ville ainsi que les forces de l'ordre qui nous ont vus manifester depuis 27 semaines savent que cette affirmation est fausse.

3- M. Estrosi dénonce un "impact direct" des manifestations sur l'activité commerciale. Les chiffres indiqués dans sa lettre (recul de 25% de l'activité commerciale) correspondent à des statistiques nationales, qui ne correspondent en rien à la réalité de Nice. De plus, les chiffres cités concernent l'année 2018 alors que le mouvement des Gilets Jaunes n'a commencé que le 17/11/2018, en toute fin d'année... Lors de nos manifestations, nous défilons devant des terrasses de cafés pleines, et des boutiques et commerces qui semblent fonctionner normalement. Les rares et courtes fermetures de magasins semblent avoir été provoquées par des messages alarmistes de la Mairie elle-même (cf. le 23 mars). Par ailleurs, les blocages "géants" des autoroutes, de la frontière, des routes nationales, ou des axes niçois tels la Promenade des Anglais ont toujours été le fait des forces de l'ordre sur décision politique.

4- Nous reconnaissons que nos actions provoquent malgré tout quelques perturbations à la circulation. C'est cependant la seule façon qui nous est laissée, dans un cadre légal et pacifique, de faire entendre notre opposition à la violente politique anti-sociale du gouvernement d'Emmanuel Macron, et d'opposer une autre vérité à la logique néo-libérale et aux récits biaisés véhiculés par les moyens de communication "officiels" (journaux et chaines de télévision).

5- M. Estrosi mentionne un préjudice concernant l'image des collectivités. Aucune étude ne corrobore cette affirmation. C'est plutôt la réponse répressive du gouvernement, démontrée dans les nombreux documents disponibles sur les réseaux sociaux, qui ternit l'image de la France réputée être le pays des Droits de l'Homme. Ces images et vidéos montrent des manifestants pacifiques et sans armes, hommes, femmes, personnes âgées ethandicapées, se faisant gazer et/ou mutiler, et maltraiter par des forces de police dans de nombreuses villes de France. Pour autant, à Nice, nous tenons à souligner que le comportement des forces de l'ordre a été globalement correct, hormis le "samedi noir" 23 Mars 2019. Ce jour là, 8 personnes ont été blessées au sang dont Mme Geneviève Legay, alors qu'aucun Black Block ou autre "casseur patenté" n'a jamais été vu dans les manifestations niçoises contrairement aux déclarations de M. Estrosi.

6 - M. Estrosi fait référence à la "dégradation de biens publics". À notre connaissance, il n'y a jamais eu de dégradations pendant les manifestations des Gilets Jaunes à Nice : pas une poubelle brûlée, pas même un verre cassé en terrasse. Aucune poursuite pénale n'a, par ailleurs, jamais été engagée sur ce motif.

7- Enfin, M. Estrosi déplore les coûts engagés par la mobilisation de "ses services", sans doute parle-t-il des nombreuses forces de l'ordre mobilisées chaque samedi. Le pacifisme des manifestations niçoises, démontré depuis 6 mois, devrait permettre de corriger à l'avenir la mobilisation disproportionnée des forces de l'ordre et de les redéployer là où leur intervention est réellement nécessaire.

En conclusion, nous constatons un décalage flagrant entre les propos de M. Estrosi et la réalité des faits.


Lettre de M. Christian Estrosi, Maire de Nice, adressée au Procureur des Alpes Maritimes (13 mai 2019)