La deuxième place du parti de Micron 1er aux élections européennes FR 2019 est loin d'être satisfaisante.
Quel que soit son bord politique originel et intime, rien dans ces résultats ne saurait satisfaire le coeur Gilets jaunes qui bat en nous.
Regardons-les en détail afin de savoir où nous en sommes. C'est l'heure des chiffres, des graphismes, des camemberts, des analyses, et des perspectives.


Les résultats "officiels" ici. Y figurent les 34 listes, pourcentages et nombres de voix respectifs.

D'abord ces résultats sont à relativiser tant, dans notre pays, plus rien ne se passe normalement.

Parmi les éléments qui permettent de contester leur valeur, on doit citer :

  • Le Grand débat qui fut, en fait, un rush de campagne de 4 mois à l'avantage du petit tyran, générant une iniquité flagrante au détriment des autres partis. Avec un CSA muet et aux ordres.
  • Ensuite la machine de guerre médiatique qui a perpétué sont rouleau-compresseur en étouffant, avec la duplicité dont elle est capable, l'expression des oppositions. On le sait, on le constate, les journalistes sont toujours plus mordants avec un invité d'opposition qu'avec un représentant de la majorité. On coupe plus la parole, on porte avec zèle la contradiction tandis qu'on "tiendra gentiment le crachoir" au candidat du gouvernement.
  • L'engagement inédit d'un président de "tous les français" pour une liste partisane. Inédit dans son ampleur (d'autres prédécesseurs n'ont fait que se prononcer à l'occasion d'une allocution furtive) et inédit quand on voit même le visage du président placardé pour le compte d'un parti sur un panneau électoral.
  • La multiplicité des listes (34 listes !!) est aussi une donnée qui profite bien évidemment au pouvoir, diluant ainsi les voix d'opposition en autant de petites niches électorales.
  • Au risque de paraître "mauvais joueur", rappelons-nous aussi qui est au Ministère de l'intérieur, celui qui dépouille (dans tous les sens du terme). Ainsi la mise en place en dernière minute de bureaux de vote dans les prisons en remplacement du vote électronique habituel (qui vérifiait les urnes dans ces lieux clos et acquis à la puissance régalienne ?) et les radiations en masse de nombre d'électeurs portent une ombre sur la rigueur des procédures électorales. Et pour finir, qui peut croire que l'UPR ne serait qu'à 1,17% alors qu'il édite un des sites politiques français qui détient des records de vues ?
  • Et enfin, nous, les gilets jaunes, instrumentalisés afin de faire peur au citoyen tranquille "bon père de famille", sources de désordre, menaces d'un désarroi économique accru, mouvement informe, un coup extrémiste, violent bien sûr, une autre fois anti-écologiste, raciste, poujadiste, etc... La campagne de dénigrement a réussi. Le pouvoir sait déjà le faire contre les partis, sait aussi le faire pour faire élire son candidat à la présidentielle,... il pouvait le faire contre nous, le peuple jaune.

Et tout ça sans compter avec ces personnes qui "tiennent le fusil à l'envers" comme, par exemple, ceux qui déclarent avoir voter "Parti Animaliste" pour faire barrage à Macron !!! On croit rêver ! Pire, ces personnes pensent dur comme fer avoir oeuvré en ce sens en voyant Macron arrivé deuxième, alors qu'évidemment elles n'y sont pour rien. Bien au contraire, elles ont participé de la dilution des votes d'opposition en mettant leur bulletin dans une urne inutile, un "piège aux alouettes". (ce commentaire ne s'adresse qu'à ceux qui voulaient faire barrage à Macron en votant Animaliste, pas aux sincères et convaincus adhérents de ce parti - et il n'est qu'un exemple; d'autres postures similaires sont imaginables concernant d'autres listes)


A la recherche de "l'effet Gilets Jaunes"

Parmi les principaux reports de voix identifiés pour analyser les résultats, on peut citer

  • l'éclatement de la Droite traditionnelle vers LREM d'une part et vers RN (dans une moindre proportion). Les derniers rats quittent le navire... 
  • la fuite des "socialisants" ayant voté Macron en 2017 vers les EELV pour cause de politique trop droitière et pas assez écolo de LREM.
  • L'effondrement de LFI dû au "vote utile RN", mais surtout dû à l'abandon de la thèse qui avait fait son succès en 2017, à savoir représenter la seule force politique à Gauche contestant de façon virulente l'UE, contestant l'Euro et portant une vision souverainiste.

"L'effet Gilets Jaunes", bien que présent dans les commentaires, est quasi inexistant.

Il ne s'applique ni au vote RN, qui n'a fait que confirmé sa place, ni aux phénomènes décrits dans les 3 points précédents.

D'un point de vue électoral, nous, les gilets jaunes, essuyons un échec complet. Non seulement LREM et Mecton 1er se sont maintenus (rappelons que rarement un parti au pouvoir remporte la mise lors d'une élection intermédiaire) mais aucun report de voix ne témoigne concrètement de notre influence.

Seul le recul de l'abstention (malgré des appels au boycott intempestifs) peut être mis au crédit des GJ, en regard de l'éveil citoyen que nous avons suscité dans le pays. Mais force est de constater que ce regain de votants n'aura pas servi la cause.


Au bon plaisir de Macron

Mais les résultats sont là, ceux que l'on a bien voulu mettre à notre disposition. LREM a donc "sauvé les meubles", nous dit-on.
Peut-être se serait-elle placée en tête, que les bourrages d'urnes auraient été trop voyants ?

Pouvons-nous faire, pour la suite, comme si ces résultats étaient fidèles à la réalité ?

Réalité... ce mot qui ne veut plus rien dire.
Réalité, ce concept qui n'existe plus maintenant qu'à travers le prisme des rêves de Micron.
Car il est clair que ces scores sont de la plus pure extraction macronnienne.

La preuve. Quel que soit l'exercice d'interprétation auquel on s'adonne, c'est Micron qui jubile.


Exercice N°1 : Clivage gauche / droite "traditionnelle"

La Gauche obtient un score cumulé, certes égal à la Droite, mais l'atteint dans une configuration d'éclatement insoluble.

Gauche vs Droite
PS 6,19   LREM 22,4
Génération.s 3,27   LR 8,4
LFI 6,31   UDI 2,5
PC 2,49     33,3
Lutte Ouvrière 0,78      
EELV 13,47      
Urgence écologie 1,82      
  34,33  Moins EELV le bloc de Gauche chute à  20,86%

EELV : Une sécession consommée que certains à Gauche ne veulent pas voir

Doit-on d'ailleurs placer EELV dans ce camp de Gauche ? Assurément non, puisque Jadot s'est présenté comme fervent défenseur de l'économie de marché (alors que les écolos éclairés soulignent l'antinomie de cette économie de marché avec les soins nécessaires à notre planète) devenant de fait macron-compatible, comme l'a si bien illustré le départ de Pascal Canfin sur la liste LREM. Sans leur faire "l'affront" de les placer dans les partis de Droite (pour l'instant), leur sécession à Gauche amène cette Gauche éclatée à un score de 20,86%


Exercice N°2 : Clivage tripartite

La Droite se place en valeur "sûre" entre une Gauche irréconciliable et une Droite nationaliste encore à 6 points en deçà.

Gauche vs Droite vs Droite nationaliste
PS 6,19   LREM 22,41   RN 23,31
Génération.s 3,27   LR 8,48   Debout la France 3,51
LFI 6,31   UDI 2,5   Les Patriotes 0,65
PC 2,49     33,39     27,47
Lutte Ouvrière 0,78            
EELV 13,47            
Urgence écologie 1,82            
  34,33            

Exercice N°3 : L'émergence d'un bloc écologiste

Comme dit plus haut, la sécession Ecolo / bloc de Gauche est déjà consommée bien que certains socialistes refusent de l'admettre. Le succès des écolos les rend suffisamment forts pour qu'ils revendiquent définitivement leur indépendance par rapport au bloc de Gauche.

Nous conduisons-nous vers un clivage Quadripartite ? Gauche / Ecolos / Droite ultralibérale / Droite Nationaliste ?

Gauche vs Camp Ecologiste
PS 6,19   EELV 13,47
Génération.s 3,27   Parti Animaliste 2,17
LFI 6,31   Urgence écologie 1,82
PC 2,49     17,46
Lutte Ouvrière 0,78      
  19,04      

Il est clair que l'Ecologie, toute légitime qu'elle soit, jouera exactement la même partition mortifère contre la Gauche que ne le fut jadis le FN contre la vieille Droite du temps de Mitterrand... Mais la Gauche n'a même plus besoin de ce genre de stratagème pour s'autodétruire comme elle le fait depuis si longtemps.


Exercice N°4 : Clivage "Progressistes" / Souverainistes

Le dédit du référendum de 2005 ?

Encore un petit plaisir pour le Nain de l'Elysée : On constate que le Référendum de 2005, qui vit la victoire du Non à la Constitution Européenne, aurait une chance infime de donner le même résultat. Mais il est vrai que la question n'était pas, aujourd'hui, posée en ces termes. On peut se rassurer en se disant qu'en attendant "le caviar (Non à la constitution), on mange du pâté (on fait de l'entrisme dans l'UE)" ?

Souverainistes VS Ultralibéraux pro UE
RN 23,31   LREM 22,41
LFI 6,31   EELV 13,47
Debout la France 3,51   LR 8,48
UPR 1,17   PS 6,19
Les Patriotes 0,65   Génération.s 3,27
EC 0,01   UDI 2,5
  34,96     56,32

NB.:

  • Le souverainisme de certains partis retenus dans ce tableau est sujet à des nuances qui ne seront pas explicitées ici.
  • On pourrait même ajouter aux scores du bloc Ultralibéral / Pro UE, les 0,54% de l'Alliance Jaune au vu des déclarations pro-européennes de Francis Lalanne.

Exercice N°5 : Camp Ultralibéral / Pro GJ

Dans ce graph', figurent dans le camp Pro GJ, tous les partis qui, à moment donné et d'une façon ou d'une autre, se sont prononcés en faveur des GJ... pour de bonnes ou mauvaises raisons.

Là encore Macreux ne peut que se satisfaire de l'affichage : 35,53% vs 56,3%

Pro GJ vs Ultralibéraux pro UE
RN 23,31   LREM 22,41
LFI 6,31   EELV 12,47
Debout la France 3,51   LR 8,48
UPR 1,17   PS 6,19
Les Patriotes 0,65   Génération.s 3,27
Alliance jaune 0,54   UDI 2,5
MIC 0,03     56,3
EC 0,01      
  35,53      

Même si l'on pouvait espérer

quelques ralliements hypothétiques,

Hypothétiques ralliements GJ
PC 2,49
Lutte Ouvrière 0,78
Parti Animaliste 2,17
Urgence écologie 1,82
  7,26

nous atteindrions

35,53 + 7,26 = 42,79%


Le bilan n'est donc pas florissant, loin s'en faut. Pour Macreux, tout se passe donc comme prévu...


Avec des « si » on pourrait mettre l’abstention en bouteille… et ça nous aurait donné un peu d’air

Restent les 49,88% d'abstention et les 2,32% de votes blancs, soit plus de 24 millions de voix passés dans les limbes.

Abstention 49,88 23613645
Votes blancs 2,32 551724
  52,2 24165369

Comme déjà proclamé sur ce siteL'abstention n'est une option valable que si les votes blancs sont décomptés et valides. L'abstention sans vote blanc reconnu est un coup d'épée dans l'eau.

Maintenant qu'on a le chiffre, on peut commenter plus exactement les dégâts.

A 50% d'abstention, chaque pourcent représente 0,5% de voix s'il s'était exprimé. Ainsi 1% porté sur LFI ou sur le RN (par exemple), attribuait à ce parti 0,5% de score en plus. Mais aussi 0,5% de voix en moins "en face". Ainsi chaque 1% d'abstention creuse un écart de 1% entre 2 camps opposés.

Si on estime très grossièrement que de ces 50% d'abstentions, 10% sont le fait d'opposants à Macro 1er - des GJ par exemple -, l'écart entre les camps pro UE et le nôtre aurait été creusé de 10% !!

Ainsi en répartissant 2,5% vers le RN et 2,5% vers LFI et, par conséquent, en appliquant le déficit de 5% de voix sur LREM, on aurait pu assister à un tout autre résultat :

Pro GJ vs Ultralibéraux pro UE
RN 25,81   LREM 17,41
LFI 8,81      

A un tout autre résultat... et à un tout autre spectacle : une débâcle en règle du Micro Micron, un incontestable désaveu, avec en ligne de mire une dissolution et autre séisme politique pour le gouvernement. Et la mine déconfite de l'Arrogant.

Effectivement, avec des « si » on pourrait mettre l’abstention en bouteille… et ça nous aurait donné un peu d’air.


Après ces tristes constats, que nous reste-t-il ?

  • Il nous reste l'identité que nous avons mise en avant. Les Gilets Jaunes existent. Et, avec elle, les liens que nous avons tissés entre nous.
  • Il nous reste aussi les désagréments que nous avons causés au pouvoir, les scories (insatisfaisantes) que nous lui avons arrachées ainsi que la fierté de n'avoir pas baissé le front devant l'injustice et de ne pas être restés silencieux devant les agressions à répétition contre les fondements solidaires de notre Nation.
  • Il nous reste surtout la validité et la pertinence de nos revendications. Nous avons la raison avec nous. Il est juste de revendiquer plus de justice sociale, plus de justice fiscale, moins de privilèges aux riches, aux multinationales et aux banquiers, une meilleure gouvernance citoyenne, plus de services publics, une prise en compte prioritaire de l'homme face aux forces de l'argent... et au-delà, une remise en cause des menées funestes des puissants contre les peuples.

Voilà pour les objectifs à long terme. Que faire pour le court et moyen terme ?

Continuer de tisser nos liens. Maintenir nos réunions même si elles ne sont pas toujours fécondes. Faire société en somme.

Continuer nos actions, nous faufiler dans les espaces qui nous sont laissés pour nous montrer, nous exprimer. Et se dire qu'à chaque espace qui se ferme, c'est la bête qui montre son visage et qu'elle est de moins en moins tapie dans l'ombre des quiétudes ignorantes.

Mais, nous le disions ici dans cet autre article, il nous faut avant tout construire un récit. C'est de la Com' mais notre société médiatisée marche ainsi. Le récit des Gilets Jaunes organisés, malins et intelligents, ouverts à l'autre, altruistes, force de proposition... Nous devons au-delà des actions, produire un discours, de la littérature, de l'art, de la séduction. Nous devons prendre nos bâtons de pèlerin pour rallier les autres à notre cause.

La commission européenne, les partis politiques, les entreprises, toutes les instances qui nous oppressent font de la Com' pour elles et contre nous. Devrions-nous leur laisser écrire notre histoire ? Non. Rappelez-vous, l'histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Nous devons devenir les auteurs de notre propre récit, il en va de l'avenir de notre combat et de notre trace dans l'histoire.

A vos stylos, à vos caméras, à vos pinceaux, à vos slogans, à vos drapeaux !!

Gardons la tête haute. On ne lâche rien.

Jean-Charles Aknin


L'auteur de cette analyse n'est ni sondeur professionnel, ni sociologue, ni diplômé de Sciences Po et encore moins éditorialiste patenté dans un média « officiel »… Un gilet jaune quoi.